samedi 8 août 2015

Roman, " Kaïla" partie 2



Les yeux de Jeff reflètent la lueur chaude du soleil couchant ; il me regarde avec une telle tendresse que je me sens plus forte tout d'un coup, prête à affronter ma triste réalité.
-« J'ai un petit cadeau pour toi princesse, je te le donnerai après manger si tu veux bien... »
Ok, je pose ma main dans celle qu'il me tend, et savoure la chaleur de sa paume tandis que nous tournons le dos à la lumière pour retourner à la maison. Jeff est beau à sa manière, je l'observe discrètement du coin de l'oeil et m'amuse à penser que ses longs cheveux bruns attachés en chignon haut lui donnent une allure de samouraï... mon guerrier à moi, toujours prêt à venir à mon secours.
Une bonne odeur se dégage de la cuisine jusque sous le porche de la terrasse, mais j'hésite encore à entrer pour affronter la rancoeur de ma mère.
- « Allez mimi, si tu veux ton cadeau tout à l'heure il va d'abord falloir manger... entrée, plat... et dessert ; par ordre du docteur Jeff »
Son air faussement sérieux me fait rire, et tout d'un coup, mes muscles contractés par ces spasmes incontrôlés se détendent profondément, faisant disparaître toutes mes angoisses... C'est la magie de Jeff !
- « Ne t'inquiète pas, lui dis-je en lui lâchant la main avant de franchir le seuil, pour le dessert j'aurai toujours de l'appétit »
Il me sourit en coin avant de dégager une mèche de cheveux de devant mon visage pour la caler derrière mon oreille, et nous entrons dans l'arène.

Papa est rentré et lis tranquillement son journal sur le canapé de velours vert, ses vêtements sobres et sombres contrastant vigoureusement avec la décoration hippie chic de sa femme. Il relève la tête dès qu'il m'entend arriver et me fait signe de venir m'asseoir à côté de lui. Jeff est allé directement rejoindre mon frère et son autre pote devant leur console de jeu, tandis que maman continue de faire semblant de s'affairer dans la cuisine alors que la table est déjà dressée. Une fois de plus, elle a dû faire son rapport à mon père à propos de mon comportement « insupportable » et se cache en attendant que la bataille soit terminée entre lui et moi. De toute façon elle ne prend jamais les armes quand elle sait que ses combats sont perdus d'avance.

Papa m'embrasse sur le front et me gronde gentiment une fois de plus pour m'être enfuie au lieu d'écouter ce que ma mère avait à me dire. Enfuie ? Il plaisante ? Si je voulais vraiment m'enfuir je peux jurer qu'ils ne me reverraient pas dans l'heure, rentrer pour le souper... Oui... Je pourrais bien m'enfuir un jour, comme il dit, et peut-être que çà leur ferait les pieds de ne pas savoir où je suis !
- « Tu veux me raconter ce qui s'est passé aujourd'hui ma chérie ? »
- « Comme d'habitude papa... c'est sans intérêt... »
A quoi bon lui rabâcher tous les jours que ma mère est hystérique, qu'elle ne m'aime pas, et que si je m'enfuie dehors comme il dit c'est que je ne supporte pas qu'elle me hurle dessus pour des fautes que je n'ai pas commises ? Mon père est adorable, fort et doux, toujours d'humeur égale, mais j'ai l'impression qu'il refuse de voir la réalité en face. Tous les jours il écoute ma mère se plaindre, sans mot dire, me demande de faire des efforts – comme si çà allait changer quelque chose – et puis repart à son journal, son assiette ou les infos télévisées d'un air entendu, comme si les problèmes du jour avaient été réglés... Bref j'aime mon père, mais il ne m'est d'aucun secours. Encore que lui au moins me supporte et m'embrasse tendrement sur les cheveux chaque soir. A défaut de soulager mes peines, au moins il ne m'en donne pas d'avantage.

La chaleur des plats ne suffisant pas à réchauffer l'ambiance habituelle, les amis d'Adam tentent de raconter quelques blagues pour dérider la famille Bright.
Le repas se termine ainsi et Adam raccompagne son copain blond pendant que Jeff et moi nous attardons quelques instants sur la terrasse :
- « On s'assoit cinq minutes Amy ? Je voudrais te donner mon cadeau maintenant. »
Je rejoint mon chevalier servant sur la balancelle blanche, au milieu des coussins colorés de maman, et en attrape un au passage pour le serrer contre moi. Le siège étroit m'oblige à sentir le flanc discrètement musclé de Jeff contre mes petites rondeurs ; sa chaleur et son odeur, mélange de parfum pour homme et de transpiration légère, sont agréables... voire enivrants.
- «  Tiens Mimi, chose promise, chose due »
Il me tend un petit paquet que je recueille dans mes mains pour en défaire prestement l'emballage ; un cadeau de sa part, rien que pour moi, et je sens la chaleur me monter aux joues. Quand je découvre enfin le flacon d'eau de toilette, je lève les yeux pour lui offrir mon plus beau sourire.
- « Je me suis dis que ce parfum de fleurs légères t'irait bien ; c'est féminin sans être pour autant sucré comme ceux qu'ils font pour les petites filles. Tu ne dis rien ? Tu t'attendais à autre chose ? »
Un parfum de femme, un vrai parfum d'adulte... Je me sens tout à coup grandir aux yeux de celui qui m'a toujours protégée comme un grand frère. Peut-être commence-t-il à me voir autrement...
- « AMY ! Rentre maintenant, il est tard ! Dis au revoir à Jeff et viens te coucher ! »
Je me lève d'un bon en entendant ce cri.
- « J'ARRIVE MAMAN ! Désolée Jeff je dois y aller. Ce cadeau me fait très plaisir et je te remercie beaucoup, pour çà et pour tout ce que tu fais pour moi... je me sens toujours beaucoup plus forte quand tu es là. »
Ses yeux sont à hauteur des miens et il me sourit tendrement avant de m'embrasser sur le front.
- « Tout le plaisir est pour moi princesse, je serai toujours là pour toi. »
Lorsqu'il se lève en ramassant son sac, je ne peux m'empêcher de faire un pas vers lui avec l'idée absurde qu'il pourrait me cacher dedans et m'amener loin d'ici.
- « Bonne nuit Mimi, fais de beaux rêves. »
Sa main caresse mes cheveux au passage et il disparaît sans un bruit, comme absorbé par l'obscurité. Dans un souffle léger je lui répond enfin, d'une voix à peine audible :
- « Bonne nuit Jeff. »

Arrivée dans ma chambre après un passage éclair dans la salle de bains, j'enfile mon pyja-short, et parfume allègrement mes draps avant de me glisser dessous. Là, les bras serrés autour de mon ours en peluche, le nez plein de fleurs légères offertes par mon humble samouraï, je suis sa noble princesse et plus rien ne peut m'atteindre. Les rêves que je ferai cette nuit me promettent de belles aventures.

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