lundi 10 août 2015

Roman, " Kaïla " partie 3



Je cours sans pouvoir m'arrêter et sans aucune fatigue. Un paysage immense et sauvage défile autour de moi tandis que je me sens légère et libre comme le vent. Quelqu'un m'attend droit devant et je cours encore plus vite pour le rejoindre. Mon corps commence à se faire lourd. Je ne peux pas vraiment le distinguer mais je sais que c'est Jeff qui me tend les bras, il m'appelle. J'accélère encore mais je n'arrive jamais à réduire la distance qui nous sépare. Je m'épuise peu à peu en continuant de donner tout ce que j'ai en moi comme ressource pour avancer, mais une meute de loups blancs s'approche de lui pour le cerner. Il disparaît alors rapidement dans une tornade grise, en me laissant seule et à bout de souffle.

*

Je me réveille en sursaut, trempée de sueur, assise au milieu d'un champ de bataille. Mes draps, mes oreillers et mon pauvre ours en peluche on été éparpillés autour du lit dans ma lutte nocturne. C'est la première fois que je rêve de Jeff et il a fallu que ce soit un cauchemar... moi qui n'en fais jamais d'habitude... enfin, plus depuis longtemps.
Réveillée pour de bon bien qu'il soit encore tôt, je me décide à me lever pour déjeuner au calme avant que toute la famille ne soit descendue ; et à peine ai-je ouvert la porte d'entrée que mes deux meilleurs amis me sautent dessus pour me saluer à leur façon, à la fois gauche et sincère. J'empoigne leurs grosses têtes blanches dans mes bras fragiles qui disparaissent sous leur chaude fourrure, et m'empresse de les serrer contre moi.

Je me souviendrai toujours de leur arrivée dans ma vie. J'avais 4 ans et à cette époque-là j'accompagnais souvent mon père lorsqu'il revendait son bric-à-brac dans les vide-greniers. Il me faisait parfois un petit stand à côté du sien pour que je me gagne quelques centimes en revendant deux ou trois vieux jouets ; les mamies avaient souvent la main généreuse en me voyant, et je pouvais alors m'offrir une poignée de bonbons sur le chemin du retour. Ce jour-là cependant, j'avais un autre plan en tête :
- « Papa ! Dis, j'ai combien là ? »
- « Laisse-moi voir... oh tu t'es fais quatre euro tout rond en vendant tes mini poupées... il faut dire que tu en avais une sacrée collection. Tu es sûre que tu ne vas pas les regretter ? »
Sans même prendre le temps de lui répondre, je partais en courant vers un stand voisin rempli de peluches, pour revenir avec le plus large de tous les sourires.
- «  Hmmm... c'est une belle famille de loups que tu as là ma chérie, ils sont énormes ! »
- « C'est mes copains papa, avec eux maintenant je n'ai plus peur de rien ! »
Quelques jours plus tard, il m'amenait dans un centre d'élevage canin pour y choisir un couple de chiots Berger Blanc Suisse, et depuis Lupo et Lupa ne me quittent plus.

- « Dites donc vous deux, vous étiez où hier soir quand j'avais besoin d'un gros câlin ? Encore en train de vous faire des mamours hein ? Coquins va ! »
Regardez-moi çà comme c'est beau... Le soleil se lève à peine, si bien qu'on ne l'aperçoit pas encore ; seule une lumière diffuse, à la fois rose et dorée, tranche sur le ciel de la nuit tout en éclairant la brume matinale qui s'échappe du sol humide, des bois, du ruisseau. Les oiseaux piaillent de partout et ce spectacle unique ne s'offre qu'à moi seule... j'inspire profondément pour m'imprégner de la grâce et de la quiétude de ce moment...
- « AMY ! Mais qu'est-ce que tu fais dehors en pyjama et à cette heure-ci ? Tu n'as pas un peu fini de te frotter à ces bestioles ? Tu va puer le fauve, et après tu t'étonneras que les autres se moquent de toi ! Vas te laver avant de déjeuner, et en vitesse ! »
Ah... le calme avant la tempête comme on dit ! C'était trop beau pour durer...
- « Tu te dépêche oui ou non? »
- « Oui maman ! J'y vais, j'y vais... »

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