samedi 26 septembre 2015

Roman, "Kaïla" partie 17



Une fois entrée dans l'arène, mon frère étant parti de son coté vers le lycée, je me sens à nouveau vulnérable. Pour éviter d'attirer les regards de bon matin, je longe les arcades de vieilles pierres jusqu'à l'austère porte en bois, et me glisse à l'intérieur à pas de loup. Il n'y a même pas une mouche ici que je pourrais entendre voler... Ce silence mortel me donne l'impression d'avoir fait un pas vers un monde parallèle. Bien décidée à remplacer mon petit livre de poche inconsistant par un plus gros volume, plus parlant, sur le monde onirique, je m'agrippe aux bretelles de mon sac à dos et m'avance vers les étagères où Tim et moi avons fait notre trouvaille la veille.
- « Voyons... c'était quelque part par là... »
Je ne peux m'empêcher de parler toute seule pour apaiser l'angoisse qui monte en moi à mesure que je m'enfonce dans l'obscurité et le silence de ce lieu où je sais ne pas être la bienvenue. Mes chuchotements, bien que très légers, me rappellent que je suis toujours en vie. Mes doigts courent lentement sur la bordure de bois, ramassant au passage une épaisse poussière qui témoigne du peu de fréquentation qu'il y a ici. En me baissant pour vérifier les vieux volumes parés de cuir rangés au ras du sol, je sens un léger courant d'air qui amène à mes narines le parfum lourd et aigre des vieilles peaux tannées. Qu'est-ce qu'il peut bien y avoir derrière ce mur pour que je sente cet air frais ?
Je dégage quelques volumes qui pèsent une tonne et découvre une petite trappe en bois. On dirait une cachette, ou carrément un vieux coffre fort... Heureusement le temps passé avant moi a fait son œuvre et la porte s'effondre dès que je la frôle du bout des doigts. Sous le bois en miettes, dévoré par les termites, une boite de métal m'attend. Je la ramène à moi et suis surprise de ce qu'elle contient...
Un énorme grimoire, en parfait étant de conservation, se cachait là depuis certainement une éternité, comme un trésor oublié.
- « « Le monde des rêves et ses secrets », ce livre est fait pour moi ! »
- « Rendez-moi çà tout de suite ! »
Oh non ! J'ai parlé trop fort dans mon enthousiasme, et mon ennemi juré se tient au-dessus de moi en me tendant sa main crochue, non pas pour m'aider à me relever, mais pour que je lui fasse cadeau de mon trésor.
- « Je... je voudrais l'emprunter... »
Sa position dominatrice me fait perdre mes moyens, et je manque d'audace pour affirmer ma volonté d'une voix de fer. Le vieux ronchon ne me laisse même pas le temps de me reprendre, et m'arrache le livre des mains sans que j'ai eu le temps de l'ouvrir.
- « Vous ne pouvez pas, il est réservé. »
- « Réservé ? »
Sa réponse étrange me paraît tellement stupide, que je me réveille de ma léthargie et me relève pour lui faire face.
- « Comment peut-il être réservé alors qu'il était caché là-dedans ? »
Ses petits yeux plissés ne prennent même pas la peine de suivre mon geste ; visiblement je ne lui apprend rien.
- « Ce livre n'a rien à faire entre vos mains mademoiselle, et je vous prierai de ne plus venir semer le trouble dans ces murs à l'avenir. Ce lieu n'est pas une cours de récréation pour les enfants indisciplinés dans votre genre ! »
Son doigt osseux pointe fébrilement vers mon front tandis que tout son corps tremble de colère. Serrant fermement le livre contre lui, il dirige violemment son bras de ma tête vers la porte de sortie, et je comprends qu'il ne sera pas question pour moi de remettre les pieds ici tant que je n'aurai pas perdu mon apparence juvénile. Je dépose sur son bureau le livre de poche comme pour régler mes dettes, avant de lancer un regard de défi au maître des lieux. Ce fou a peut-être gagné une bataille, mais je compte bien remporter la victoire à la prochaine guerre !

lundi 21 septembre 2015

Roman, "Kaïla" partie 16


La lune, énorme et toute puissante, trône fièrement dans le ciel, juste au-dessus de ma tête. Peu à peu, sa lumière éclaire les créatures qui m'entourent et la vision qui s'offre à moi me coupe le souffle... j'aurais préféré continuer à ne rien voir ! Des têtes rondes, énormes, perchées sur des corps squelettiques à la peau blafarde, me dévorent de leurs yeux écarquillés et globuleux... La salive coule de leurs dents acérées, tant leur appétit semble aiguisé... cette fois c'est sûr, c'est bien de moi qu'ils parlaient ! Mon Dieu ! C'est un cauchemar !Je veux me réveiller !
- « Mère offrir çà à nous... »
- « Moi manger sa tête ! »
- « Non ! Tête être à moi ! »
Je suis tétanisée, incapable de bouger pour me défendre ou pour m'enfuir. Encerclée, le souffle court, je n'arrive même pas à fermer les yeux pour m'éviter cet atroce spectacle... à moitié accroupis, les corps décharnés de mes assaillants se rapprochent de moi en faisant courir leur langue sur leur bouche énorme... Pitié !

- « NON ! PITIE ! NON ! »
Dans un grand fracas, la porte de ma chambre s'ouvre et Adam se jette sur moi pour me rassurer. Seule la lumière du couloir éclaire son visage, mais je peux lire l'inquiétude dans ses yeux. Encore sonnée, je réalise enfin que mon rêve est terminé et que mon frère est là pour moi, pour m'apaiser...
- « Amy, encore un cauchemar ? »
Mon menton se met à trembler et mes yeux se remplissent de larmes lourdes et brûlantes qui coulent sur ses mains fortes.
- « Oh, Adam... Adam... »
- « Tout va bien petite, je suis là, c'est terminé ! »
Mes doigts s'agrippent à son t-shirt et j'enfonce mon visage contre son épaule pour y déverser toute l'angoisse contenue devant mes agresseurs.
- « Adam, je les ai vus cette fois... c'était affreux... Leurs dents, leurs yeux... On aurait dit le Gollum du « Seigneur des anneaux »... Mais il y en avait partout... Partout autour de moi ! »
- « Toi, tu regardes trop de films... »
- « Tu parles ! Celui-là je n'ai pas pu le regarder jusqu'au bout à cause de ce monstre justement ! »
- « Bon, alors tu vas me faire le plaisir de revoir toutes tes séries animées japonaises... tu sais, celles qui dégoulinent de douceur et de bons sentiments ! La nuit prochaine je veux que tu te retrouves au pays des Bisounours, ok ? »
- « Hi hi ! T'es bête ! »
- « Ah, je préfère çà... ma petite sœur est bien plus mignonne quand elle sourit que quand elle pleure tu sais ? »
Pour le coup je lui adresse le plus large et le plus reconnaissant de tous le sourires. Même papa, qui est pourtant gentil, n'a jamais prit le temps de se montrer à ce point attentionné avec moi. Je remercie le ciel d'avoir un grand frère aujourd'hui... Jamais je n'aurais pensé qu'il m'aime autant !
Adam recoiffe tendrement mes cheveux avant de me laisser seule.
- « Tâche de dormir un peu maintenant, il est vraiment tard... »
- « Oui, merci... Bonne nuit ! »
- « Bonne nuit petite ! »
La porte se referme et je ne vois plus qu'un mince filet de lumière percer sous la porte. Quand celui-ci disparaît à son tour, j'allume ma lampe de chevet. Il a raison, il est 3h00 du matin, mais il est hors de question que je me rendorme tout de suite; qu'est-ce qui se passera si je refais le même rêve et que je n'arrive pas à me réveiller ?

J'attrape mon ordinateur portable et mon DVD préféré. J'éprouve une réelle fascination pour cette histoire d'amour triangulaire, pour le moins extra-ordinaire ! Si je m'endors après çà, j'espère bien que mes rêves soient romantiques... à moins que je ne vois des loups garous et des vampires prêts à me dévorer eux aussi ! Avec mon esprit tordu il faut s'attendre à tout ! Du coup, plutôt que de prendre le risque de me rendormir, j'enchaîne avec le deuxième épisode jusqu'à ce qu'il soit presque l'heure de se lever. Cependant, mon précieux film n'ayant pas réussit à me faire oublier les créatures de mon cauchemar, je cherche le livre de poche qui se cache au fond de mon sac dans l'espoir d'y trouver quelques réponses :

Lune: selon le contexte du rêve,peut signifier la sécurité, la paix intérieure, une idylle romantique, l'amour, la quiétude. Créativité, inspiration. Symbolise également les influences sur la vie affective, à l'instar de la lune qui affecte les marées. Si vous n'êtes pas centré, une pleine lune peut accroître la sensation de confusion.

Quelle bonne blague ! Alors soit ce livre est complètement à côté de la plaque, soit mon rêve n'a rien de banal. Voyons autre chose :

Cannibale : le fait d'infliger des privations à une partie de soi-même afin de renforcer une autre partie. Détruire des parties de soi-même du fait d'une insensibilité, d'une ignorance et de désirs occultés. Vivre de l'énergie des autres au lieu de générer sa propre source d'énergie créatrice. La nécessité d'élargir ses connaissances spirituelles afin de percevoir l'interconnexion de toutes les manifestations de la vie.

Qu'est-ce que c'est que ce charabia ? Voyons à « Monstre » peut-être...

Monstre : les peurs que vous créez vous-même et qui ont pris une ampleur démesurée en raison de soucis injustifiés et d'une trop grande attention accordée au monde extérieur. Toute idée négative à laquelle on se cramponne prendra une ampleur monstrueuse. De toute façon, tout cela n'est que le fruit de votre imagination. Efforcez-vous de faire face à tout monstre apparaissant dans votre rêve. Demandez-lui quelle partie de vous-même il représente, quelle pensée, quelle croyance, ou quelle peur. Considérez ce monstre comme un ami qui est venu vous enseigner quelque chose, vous apporter un cadeau. Dessinez le monstre dès votre réveil : imaginez qu'il enlève son costume de monstre et que de petits êtres en sortent avec chacun un cadeau (une intuition profonde) pour vous. N'oubliez pas que tous les aspects d'un rêve ne sont que des représentations de vous-même.

Non mais c'est quoi ce bouquin ? Faire face à ces choses ? Pour me faire dévorer ? Merci bien ! Non mais qui est le fou qui a écrit çà ? Tiens ? Il n'y a pas de nom d'auteur... Je n'avais pas fait attention à çà hier. C'est trop bizarre quand même, on dirait que ce livre s'adresse directement à moi, mais pour me raconter des conneries ! Et puis le fait qu'il soit tombé juste devant moi comme çà... çà ne me plaît pas, j'irai le rapporter à la première heure aujourd'hui !

Le visage bouffi et les yeux bien cernés, je sors de la salle de bains habillée et lavée, bien déterminée à aller à l'école, pour une fois ! Voilà que je commence à vouloir fuir mon lit...
Ma mère boit son café accompagné de ses maigres tartines, toujours aussi soucieuse de sa ligne. Quand elle me voit arriver, son visage se ferme sur un regard noir, et sa bouche pincée recommence à me faire des reproches.
- « T'as une de ces têtes ! C'est bien fait pour toi si tu ne dors pas ! Non mais quelle idée de hurler comme çà ? Tu n'as qu'à regarder plus de films d'horreur encore ! »
- « Bonjour maman, ravie de te voir en forme moi aussi ! »
- « Cesse de me parler sur ce ton tu veux ? Je suis ta mère alors tu me dois le respect ! »
- « Le respect çà va dans les deux sens, mais je suis ravie que tu me connaisse si bien ! Moi qui adore Stephen King, me voilà démasquée ! »
- « Décidément, je ne comprends jamais rien à ce que tu dis ma pauvre fille ! »
- « Ce que je dis c'est que çà ne me viendrait jamais à l'idée de regarder des films d'horreur ! Tu me connais si mal... t'es sûre que t'es ma mère ? »
- « Ah oui ? Et tes trucs de loups et de vampires ? C'est du roman à l'eau de rose peut-être ?
- « Ben oui, justement, c'est une histoire d'amour le sujet! »
Adam entre au moment où le ton commence à monter, et où nos deux corps, debout de chaque côté de la table, sont tendus comme ceux des boxeurs prêts à monter sur le ring.
- « Vous êtes en forme de bon matin vous deux ! Par contre çà serait sympa d'éviter de réveiller papa... »
- « Quelle blague ! C'est ta sœur qui nous empêche de dormir la nuit, alors n'inverse pas les rôles tu veux ? »

Sur ce, elle tourne les talons sans attendre de réponse, et part au travail sans même nous dire au revoir. Je commence à me demander si mes furies n'avaient pas raison hier en cours d'Histoire. On a peut-être été adoptés... Je ne vois pas ce qu'on fait dans cette famille de fous. Pourquoi cette femme a mit trois enfants au monde si c'est pour nous détester comme çà ? Elle n'avait qu'à rester célibataire, et ses nuits auraient été beaucoup plus tranquilles !

Le ventre bien plein, je me laisse escorter par mon chevalier servant jusqu'à l'entrée du collège. J'hésite à descendre du scooter en voyant arriver mes trois camarades préférées, mais mon beau grand frère doit les impressionner parce qu'elles baissent les yeux et rasent le mur du porche en nous voyant. J'ai de la chance qu'on ai fini par se rapprocher Adam et moi, et je suis bien contente aujourd'hui que mes parents nous aient mis au monde tous les deux. Heureusement qu'ils ne se sont pas arrêté après Leïla comme nos ancêtres avant eux !

Source: "Interprétez vos rêves" de Betty BETHARDS

samedi 19 septembre 2015

Roman, "Kaïla" partie 15


En apercevant la porte ouverte sans personne à l'intérieur, je me glisse discrètement jusqu'à ma place. Me tournant sur ma chaise afin d'avoir le dos au mur, je commence à feuilleter ce livre littéralement tombé du ciel... Mes dernières nuits, plus que mouvementées, vont peut-être commencer à s'éclairer. La première énigme de cette semaine, c'est cette course effrénée vers Jeff, ces loups qui l'entouraient et ses yeux envahis de fumée noire... Voyons un peu çà...

Courir : s'éloigner de quelque chose en courant signifie que vous n'êtes ni prêt ni désireux d'affronter un problème. Représente la peur qui nous fait rejeter des aspects de nous-mêmes. Si vous courez au ralenti, c'est que bientôt il vous faudra faire face à votre peur. Pour comprendre ce qu'est cette peur, arrêtez-vous et faites face à votre poursuivant et demandez-lui des éclaircissements. Le fait d'affronter sa peur la fait disparaître et vous soulage du lourd fardeau de cette angoisse qui accable votre conscience. Si vous courez vers quelque chose, c'est que vous désirez ardemment aller de l'avant et infléchir de manière positive le cours de votre évolution. Voir course.

Hum, mouais... Pas très convaincant. Si j'ai peur c'est de ces rêves justement, pas d'autre chose...

Course : si vous participez à une course, c'est que des aspects de votre être sont en conflit. Unissez tous les aspects de votre être afin de « gagner ». Si vous courrez tout seul, prenez des temps de pause tout au long du chemin pour réfléchir à vos expériences et les intégrer.

Genre... t'es en plein rêve et tu te dis «  Fichtre, je devrais m'arrêter faire une pause pour réfléchir à cette expérience et l'intégrer... ». Qu'est-ce que c'est que ces interprétations bidons? Bon allez, une petite dernière pour voir :

Yeux : votre vision actuelle des choses. Un œil seul représente le corps spirituel, l'œil de Dieu, la conscience élargie et une juste vision des choses. Vérité, pouvoir, perception extra-sensorielle. Une paire d'yeux ouverts indique une vision claire des choses ;des yeux fermés indiquent que l'on refuse de voir la vérité en face. Voir aveugle.

Certes, mais la fumée noire dans tout çà ? Il n'est pas très détaillé ce bouquin, çà ne me dit pas tout...

Fumée : un manque de clarté (ben voyons !) ; tout est brumeux. Confusion. (Vous m'en direz tant!) Représente les émotions enflammées. Symbolise également un avertissement. Il n'y a pas de fumée sans feu. Voir brouillard.

Mouais, bon, je crois que je vais devoir reprendre des risques demain pour essayer de trouver un autre livre un peu plus complet.
En relevant les yeux je me rends compte que la salle de classe s'est remplie sans que je m'en rende compte. Ce petit livre a quand même détourné mon attention au point que je n'entende pas la sonnerie. D'ailleurs, si j'avais été attentive à cette alarme, je me serais rendu compte que j'étais cernée.

- « Vous trois ! Je ne veux pas vous voir là ! Vous aimez vous asseoir près des fenêtres d'habitude il me semble ? »
Le grand costaud ne plaisante pas, il n'est pas dupe du jeu de mes tortionnaires depuis l'incident du dernier cours. A contre-coeur elles ramassent leurs affaires pour aller se ranger au fond de la pièce.

- « Mlle Bright, en ce qui vous concerne, puisque vous sembliez si pressée d'être en cours, vous allez nous lire votre devoir de généalogie ! »
Des rires montent parmi les rangs et je me rends compte que ce prof ne me fera pas de cadeau. Il évite peut-être simplement d'avoir du chahut pendant son cours, sans pour autant penser à me protéger !
Je me lève péniblement, loin de me sentir rassurée. Autant mon exposé de ce matin sur le collier me passionnait, autant là je sais que le vide laissé sur un bon quart de ma feuille par la branche malade de mes ancêtres, me vaudra à coup sûr les railleries de toute la classe, et peut-être même celles du prof...

En recopiant mon arbre au tableau comme il nous l'a demandé, je sens une rumeur s'élever doucement derrière moi. Je pose la craie pour commencer à tenter de détourner l'attention générale vers les aïeuls de mon père, quand les questions commencent à pleuvoir du fond de la salle.
- « Monsieur ? Elle n'a pas rempli tout son arbre ! »
Traversat, qui attendait gentiment que je commence à lire mes notes, assis sur un bureau du premier rang, lève soudain les yeux vers moi.
- « C'est vrai. Mademoiselle, seriez-vous entrain de bâcler votre travail ? Vous avez oublié toute une branche sur le tableau ! »
- « Ce n'est pas un oubli monsieur. »
- « Comment çà ? Vous n'avez pas terminé votre devoir alors ? »
- « J'ai cherché longtemps, mais il n'y a aucune trace de certains de mes ancêtres dans ma famille. Mon frère et ma sœur ont eu le même problème avant moi... »
- « Quand même, il y a bien des documents quelque part... Il n'y a aucun homme du côté de votre mère, alors que vous êtes remonté à plusieurs générations de femmes sans aucun problème... »
Des sarcasmes sont lancés comme des flèches acérées depuis le fond de la salle.
- « Ils ont sans doute prit la fuite, si elles étaient toutes comme elle ! »
- « Tu m'étonne ! Qui voudrait d'une sorcière pareille ! »
- « Taisez-vous vous autres ! »
Un vent fort s'est levé et frappe les fenêtres avec force tandis que je serre les dents.
- « Mais monsieur, c'est bizarre quand même ! »
- « T'es sûre que t'as pas été adoptée Bright ? »
- « Et pourquoi tu porte pas le nom de ton père? »
- « Ouais, il a honte de toi ? »
- « Bâtarde ! »
La tempête éclate en moi, comme celle qui frappe au dehors. Les fenêtres sont secouées si fort que les gongs lâchent au niveau de mes ennemies. Elles seules sont touchées par une violente rafale de vent, qui les soulève une par une comme des oies en plein vol. Ensevelies sous un monticule de tables et de chaises, les trois harpies poussent des plaintes lamentables.

En quelques secondes, elles sont libérées par notre féru d'Histoire. Faisant honneur à sa réputation de grand costaud, il les soulève à leur tour d'une main, pour les escorter jusqu'à l'infirmerie. Le vent est retombé d'un coup, et tandis que certains s'affairent à tout ranger, j'en profite pour effacer discrètement mon œuvre au tableau noir, et me dépêche d'aller me rasseoir à ma place, pour étudier une fois de plus selon les consignes laissées par notre prof absent.
Un brouhaha général s'éveille peu à peu au fur et à mesure que le temps passe, et bien qu'il ne soit toujours pas revenu au moment où la cloche sonne, aucun élève ne se fait prier pour ranger ses affaires et prendre la direction de la sortie en courant.

Suivant le mouvement général à quelques pas derrière les autres, je traîne des pieds dans les couloirs sombres afin d'éviter d'être prise par la vague d'élèves fous. Au moment où j'aperçois enfin la lumière du dehors percer à travers le porche d'entrée, j'ai l'impression d'avoir une vision. Un ange m'attend, perché sur sa moto tout terrain.
- « Jeff ? Qu'est-ce que tu fais là ? »
- « Je t'attendais mimi. »
Sa voix est aussi douce que le baiser qu'il dépose sur ma joue, si bien qu'un frisson me parcours le corps à m'en faire trembler.
- « Tu as froid princesse ? Tu n'es pas bien couverte ! »
- « C'est que le temps s'est dégradé d'un coup ! Il faisait bon ce matin, avant que cette tempête n'éclate... »
- « Une tempête tu dis ? »
- « Oui, une fenêtre a même cédé sous la pression cet après-midi ! Mais çà m'a fait bien rigoler de voir ces trois pestes s'envoler ! »
Jeff caresse alors doucement mes cheveux d'un air triste, avant de retirer son pull épais.
- « Tiens, enfile çà avant de prendre froid ! »
- « Mais, et toi ? »
- « Je survivrai ! »
Avec ce sourire à tomber, je ne peux pas lui résister et m'enveloppe de sa chaleur et de son parfum. Tandis qu'il me fait face, sa peau claire moulée dans un simple t-shirt, mes yeux se perdent dans les siens pour un moment d'éternité, faisant s'envoler les problèmes de la journée.
- « Salut mec ! Tu t'es trompé de bahut ? »
Adam nous a rejoint en silence, en poussant son scooter. J'espère qu'il n'était pas en train de nous observer.
- « Salut Adam, je pensais vous raccompagner aujourd'hui, histoire de s'entraîner un peu... »
- « Alors çà sera sans moi ! Je ramène Amy à la maison et je file, j'ai un rencart ! »
Mon frère est fier comme un coq ; encore une fille tombée dans ses filets... la pauvre ! Dommage que Jeff n'ai pas de place pour moi sur son engin, sinon on serait rentré serrés l'un contre l'autre...
- « Ok, alors peut-être que je pourrai m'occuper de toi ce soir mimi ? »
- « Holà, de quoi tu parles ? »
Mon frère s'énerve et se dépêche de me faire monter derrière lui.
- « Amy voulait apprendre quelques techniques de combat, alors je lui montrerai les bases ce soir puisque tu n'es pas là... »
- « Toi petite ? Avec un bâton ? Je demande à voir ! En tout cas je suis content de ne pas rester dans les parages ! »
- « Eh oh ! »
Je donne une tape à mon frère dans le dos, et nous démarrons tous les trois d'un fou rire général.

Arrivés à la maison, Adam nous laisse et repart sans être descendu de son engin. La belle en question doit valoir le détour. Jeff prend mon sac sur son épaule et je le suis jusqu'en-haut de la bute, là où il s'entraîne souvent avec Adam.

- « On ne prend pas de bâton ? »
- « Pas tout de suite Amy, tu vas d'abord devoir apprendre à centrer ton corps et ton esprit afin de maîtriser tes émotions. »
- « Ah bon ? »
- « La colère est une force, ravageuse quand on la laisse libre, mais elle peut déplacer des montagnes si on sait la canaliser. Sois mignonne et contente-toi d'imiter tous mes gestes pour l'instant d'accord ? »
- « D'accord ! »
Je suis les mains de Jeff d'un regard soutenu et en imite le moindre mouvement, échauffant d'abord mon corps par des frictions articulaires, puis faisant circuler ma propre énergie à travers tous mes membres qui semblent se réveiller d'un long sommeil. Je me sens peu à peu plus légère et plus vive, comme connectée au ciel et à la terre autour de moi, ne faisant plus qu'un avec la vie qui m'entoure.
- « Venez mettre la table vous deux ! »
Ma bulle de verre se brise au moment où j'entends la voix de ma mère.
- « On arrive madame ! Allez mimi, on se recentre et çà ira pour aujourd'hui. »

Le repas vite expédié, Jeff et moi faisons la vaisselle côte à côte et je monte me coucher avant son départ pour ne pas me retrouver seule avec ma mère. Pour une fois que je n'ai pas de devoirs à faire, je vais pouvoir me coucher tôt dès que j'aurai noté mes impressions du jour dans mon petit journal.

Cher journal,
La journée a été longue et pénible, mais grâce à Jeff elle se termine en douceur. Que dire de plus aujourd'hui ? Je me suis rapproché de Tim qui est un garçon vraiment bizarre... c'est vrai, comment peut-on aimer Stephen King et détester les loups ? Bref, il m'a confirmé que l'autre fou, qui est en fait son TUTEUR me déteste, même si lui non plus ne sais pas pourquoi. J'ai vécu un calvaire avec mes trois folles à chaque fois que j'ai parlé de mes devoirs, mais j'ai quand même bien rigolé quand la fenêtre s'est cassé et qu'elles se sont fait retourner comme des crêpes par le vent !:)Bref, encore une drôle de journée, bien chargée... Voyons ce que me réserve demain...

jeudi 17 septembre 2015

Roman, "Kaïla" partie 14



Son sourire est une belle récompense à mon initiative. Je me lève avec assurance en tenant fermement mon devoir en main, et monte sur l'estrade tandis qu'elle reste humblement debout sur le côté, prête à m'écouter avec attention.
Fière de moi, et forte de son regard, je me lance dans ma lecture, en relevant la tête çà et là pour ajouter quelques détails au moment où ils me reviennent à l'esprit. Je me sens incroyablement forte et fais vivre mon exposé de toute ma passion, faisant passer mon dessin du collier à travers les rangs. Heureuse de ma prestation, je souris à la classe tandis que mon ange fait démarrer les applaudissements et les acclamations. Tout le monde semble séduit, jusqu'à ce que des doigts se lèvent au fond de la salle.
- « Oui Jasmine ? Tu veux poser une question ? »
- « Oui mademoiselle. J'aimerais savoir pourquoi tu as fait ton exposé sur ce collier alors qu'on a visité plusieurs salles remplies d'objets en tous genres ? »
Je ne vois pas où elle veux en venir. Sa question semble trop banale pour être honnête, et je ne peux pas avouer que je n'ai rien écouté du discours de notre guide durant toute la visite...
- « J'aime beaucoup les loups et c'est pour çà que l'histoire de ce collier m'a plut. »
- « Ah çà pour les aimer... »
- « On peut sentir l'odeur de tes chiens jusqu'ici Bright ! »
- « Mesdemoiselles, un peu de respect pour votre camarade je vous prie ! »
Les fauves se sont lâché, mais heureusement nous sommes encore en terrain neutre sous le regard attentif de mon ange bienveillant...
- « D'ailleurs, puisque vous semblez vouloir prendre la parole, vous allez toutes les trois passer au tableau pour nous lire vos devoirs, chacune votre tour ! »
Mes trois critiques la testent de leurs regards provocateurs, typiques des fortes têtes.
- « Je ne vous le dirai pas deux fois. DEBOUT ! Toutes les trois ! »
La classe entière semble médusée par le ton autoritaire que n'avait jamais prit sa voix, et en particulier ses cibles qui ne perdent plus un instant à réfléchir et se lèvent d'un même bond. Emportant leurs classeurs avec elles, elles ne peuvent s'empêcher de m'en érafler discrètement l'épaule au passage.
Elles me font maintenant face et leur rancoeur est palpable à travers leurs regards noirs. Fortes de leur imagination pour les insultes et de leur talent pour l'improvisation, elles se délectent chacune leur tour d'insérer çà et là dans leurs exposés de fines menaces à mon encontre.
Leurs mots sont comme des poignards invisibles lancés droit sur moi sans que personne ne puisse maintenant prendre ma défense. Je suis la seule à comprendre le but de leurs paroles, et prétendre qu'elles m'insultent impunément me ferait passer pour une hystérique souffrant d'un syndrome de persécution, aux yeux de tout le monde.
Contenant ma souffrance et ma honte, je sens la colère monter en moi au même rythme que les nuages gris commencent à remplir le ciel au dehors. J'essaie de m'évader de cette torture en plongeant mon regard au travers des fenêtres closes, mais même le vent soufflant de plus en plus fort dans les arbres ne suffit pas à détourner mon attention.
Un dernier mot, celui de trop, me fait tourner brusquement la tête, et tandis que mes yeux brûlent de rage contre ceux de Jasmine, une violente bourrasque fait trembler toutes les fenêtres, couvrant presque le bruit de la dernière sonnerie du matin.

Comme on se réveille d'un cauchemar, toute la classe se lève et se met en marche, pressée d'aller déjeuner. Je prends le temps de me calmer tout en rangeant mes affaires, et suis à mon tour le mouvement.
Aucune menace à l'horizon, je décide de me faufiler vers la cantine dès le premier service, et en cherchant une place à l'écart où me faire discrète, je suis attrapée par la manche au passage.
- « Tim ? »
- « Assieds-toi.»
- « Oui, chef ! »
Quelle autorité il a pour son âge ! Il a planté son regard dans le mien et ne me lâche plus jusqu'à ce que je sois installée. Heureuse de ne pas manger seule pour la première fois de l'année, je me relâche et me prépare à prendre le temps de tout savourer...
Habitué à la solitude autant que moi, Tim ne me décrochera pas un mot de tout le repas. Nous respirons enfin en sortant de la salle bondée, et allons nous installer sur le rempart de sécurité pour poursuivre notre conversation de ce matin.
- « J'ai terminé la lecture du livre entre deux cours, tu veux voir ce que j'ai trouvé d'intéressant ? »
- « Non merci, je n'ai pas envie d'en savoir plus. »
- « Allez... sois sympa... »
- « Imagine que je te lise des histoires de clowns... »
- « Quelle horreur ! »
- « Eh bien pour moi c'est pareil. »
- « Ok, ok, j'arrête. De toute façon je vais aller le rendre maintenant que je l'ai terminé. »
- « Tu vas en prendre un autre ? »
- « Oui, un... »
- « Je viens avec toi ! »
- « Euh... ok. »
Quel empressement ! Qu'est-ce qu'il lui prend de vouloir m'accompagner à tout prix ? Je ne peux pas croire que çà lui manque de ne pas être enfermé là-bas...
Quand nous arrivons devant la porte lourde, Tim glisse son bras devant moi comme pour me barrer le passage, et d'un geste prudent il ouvre le pas. Après avoir scruté le lieu vide comme l'aurait fait le héros d'une série policière, il attrape ma main sans se retourner et me fait entrer.
- « On peut y aller. »
- « Pourquoi tant de précautions ? Je croyais que tu t'entendais bien avec ce gars ? C'est comment son nom déjà ? Harry ? »
- « Harry Hermano, et oui, en ce qui me concerne je ne pense pas lui donner de fil à retordre... »
- « Heu... çà veut dire quoi çà ? »
- « Que c'est avec toi qu'il a un problème. Il te déteste. »
- « Ah oui ? Carrément ? »
- « Oui. »
- « Mais je ne sais même pas ce que je lui ai fait... »
- « Je ne le sais pas non plus, mais j'aimerais autant qu'on ne s'attarde pas. Essaie de trouver rapidement ce que tu cherche, qu'on remplisse nous-même la fiche d'emprunt et qu'on sorte d'ici avant qu'il nous voit ensemble. »
Je fouille les étagères à la recherche de ce livre d'interprétation des rêves que j'espérais trouver l'autre jour, quand quelque chose tombe à mes pieds en frôlant mon visage.
D'un bon en arrière, je me retrouve collée au corps chaud de mon surveillant, qui s'empresse de remettre une distance entre nous et se baisse pour ramasser l'objet.
- « Qu'est-ce que c'est ? »
- « Interprétez vos rêves... »
- « Super, c'est exactement ce que je cherchais ! »
Il se redresse avec le livre en main, tout contre lui comme pour cacher l'objet d' un délit, et s'approche de moi pour le coller contre ma poitrine plutôt que de tendre le bras. Son regard ardent ne se détache du mien que pour s'assurer que nous sommes toujours seuls, puis lentement il me reprend la main pour me guider jusqu'au bureau d'emprunt puis vers la sortie.
- « Pourquoi tu ne voulais pas qu'il nous voit ensemble ? Tu as honte de moi ? Je peux me débrouiller sans amis tu sais ? J'ai toujours été seule jusque là... »
Le regard dans le vide pour une fois, il pousse un long et profond soupir, puis tournant ses mains vers lui, il observe avec angoisse ses paumes se refermer sur son visage.
- « Je ne sais pas pourquoi. Il y a des choses que je ne dois pas faire, mais je ne sais pas pourquoi... »
Son corps s'effondre comme sous le poids d'un fardeau trop lourd, et sa respiration se fait rauque. Il semble suffoquer.
- « Hé ne t'en fait pas, ce n'est pas grave. Ce n'est pas la peine de te prendre la tête pour çà... »
- « J'étouffe Amy ! Mon tuteur me met de plus en plus de barrières et d'interdits... surtout depuis qu'on vit seuls Laura et moi... »
- « Ton tuteur ? »
- « Harry. »
- « C'est LUI ton tuteur ? »
Heureusement que la sonnerie a retentit en même temps que ma voix stridente, ou j'aurais pu me faire peur à moi-même. Ma stupeur est à son comble, mais je dois abandonner Tim pour retourner en cours.
- « Il faut y aller Tim, çà ira ? »
- « Oui, excuse-moi »
Il se relève et m'adresse un visage toujours aussi inexpressif malgré sa crise d'angoisse, puis nous partons dans des directions opposées.

Passé les deux heures de Technologie qui m'auront au moins apprit à voir les choses sous tous les angles, à défaut de faire de moi un petit génie, je garde les bonnes habitudes prises ces derniers jours et me dirige directement vers la salle d'Histoire, où Monsieur Traversat va encore nous faire traverser les âges.

mercredi 16 septembre 2015

Roman, "Kaïla" partie 13



Il lève les yeux vers moi sans dire un mot, comme pour me dire «  tu vois ? J'avais raison ! »
- « Pfff... c'est pas un peu fatiguant d'avoir toujours le dernier mot? »
Il ouvre de grands yeux comme s'il ne comprenait pas. Revenant aux légendes indiennes je décide de couper la poire en deux.
- « De toute façon, que le loup soit bon ou pas n'est pas le vrai problème. On ne peut voir les choses qu'avec le regard qu'on a choisit de poser sur le monde. Si l'homme est bon il s'identifiera aux bons côtés de l'animal, et s'il veut tuer son chien, il dira qu'il a la rage... »
- « Je ne comprend pas où tu veux en venir Amy ? »
- « Ce que je veux dire c'est que c'est à toi de décider comment tu veux voir les choses. Rien ne t'empêche de changer d'avis sur les loups ! Regarde ! »


Les deux loups, une légende Cherokee


Un vieux Cherokee voulait faire l’enseignement de son petit-fils en lui parlant de ce qu’est la vie.
«Il y a un combat qui se déroule en moi», dit-il au garçon.
C’est un combat terrible qui se produit entre deux loups. L’un est mauvais, il n’est que colère, envie, tristesse, regret, avidité, arrogance, auto apitoiement, culpabilité, ressentiment, sentiment d’infériorité, mensonges, faux orgueil, sentiment de supériorité et ego.
Et puis il y a l’autre loup: il est bon, et n’est que joie, paix, amour, espoir, sérénité, humilité, bonté, bienveillance, empathie, générosité, vérité, compassion et foi.
Ce combat terrible se passe aussi en toi, et à l’intérieur de chacun. »
Le petit-fils réfléchit pendant une minute, puis demanda à son grand-père,
« Mais grand-père, lequel des deux loups va gagner? »
Le vieux Cherokee lui répondit simplement :
« Celui que tu nourris. »

- « Mouais, ces loups là sont plutôt symboliques. En attendant on entend surtout parler du grand méchant loup ou des loups garous en général. »
- « Ne m'en parle pas, des gens qui marquent la lune je n'ai que çà autour de moi en ce moment. Elle devait être pleine l'autre soir parce qu'ils étaient tous énervés chez moi ! »
- « Tu sais qu'il te suffirait de lever les yeux au ciel pour voir comment est la lune ? »
- « Tu te moque de moi là ? »
- « Un peu, mais il y a de quoi... »
- « Eh oh ! »
- « Amy, même en plein jour la lune est parfois visible, regardes plutôt par là ! »
- « Ok je vois la lune, et après ? »
- « Elle arrive seulement au premier quart, la pleine lune n'aura lieu que le samedi de la semaine prochaine. »
- « Le soir des fêtes de la ville ? »
- « Oui. »
- « Le premier soir des grandes vacances, çà me tarde d'aller faire des tours de manèges, pas toi ? »
- « Pas vraiment. »
- « Pourquoi ? »
- « Disons que la foule ce n'est pas mon truc. »
- « Et c'est quoi ton truc ? »
La sonnerie nous rappelle à l'ordre, nous obligeant à nous séparer pour quelques heures. Tim me regarde m'éloigner sans ciller, et finit par répondre timidement à mon geste de la main. Tout espoir n'est pas perdu chez ce garçon on dirait...

Deux heures de Maths direct dès le matin, çà devrait être interdit ! Heureusement que le cours suivant est celui de Français, j'ai hâte de montrer mon devoir à Mlle Bellange et de savoir ce qu'elle en pense. Les trois furies se sont fait oubliées depuis leur rencontre avec Lupo mardi soir, on peut dire que c'est une journée qui commence bien !

La torture des chiffres enfin terminée, je me dirige avec enthousiasme vers la prochaine salle de cours, en évitant la case « récréation » pour ne pas tenter mes diablesses. Le ciel bleu d'aujourd'hui ne signifie pas pour autant qu'une tempête ne pourrait pas arriver sans prévenir. Déterminée à arriver au bout de mon année scolaire sur une rivière calme, je mène ma barque en prenant soin de ne pas réveiller l'eau qui dort pour ne pas faire de vagues. La porte est fermée à clé cette fois-ci, je n'aurai pas toujours la chance d'avoir un accueil à la hauteur de celui de Lili. Qu'à cela ne tienne, je vais en profiter pour terminer de lire mon grimoire sur les loups afin de le rendre à son propriétaire à l'heure du déjeuner ; çà le mettra peut-être de meilleure humeur si je me décide à emprunter un dernier livre pour la semaine prochaine... Tim sera peut-être là-bas lui aussi, j'aimerais bien continuer notre conversation de ce matin maintenant qu'il commence à devenir plus humain...
Tiens, voilà quelque chose d'intéressant...

La symbolique du loup à travers le monde

Le loup est très proche de l’être humain. Comme nous, le loup a des liens familiaux très puissants tout en gardant son désir d’individualisme. Il est fidèle comme le chien, c’est son ancêtre d’ailleurs de 100 000 ans.
Au sein de la grande nation des étoiles, Sirius, l’étoile du chien, évoque le loup céleste. Selon une légende amérindienne, c’est dans cette étoile que se situe le lieu originel de nos maîtres des temps anciens. Dans l’antiquité, les Egyptiens plaçaient la maison des dieux dans cet astre. Les Dogons d’Afrique croient encore actuellement à ce mythe. Les Amérindiens adoptent le clan des loups comme leur maître. Dans les totems, le loup est le symbole de notre maître intérieur.
Le loup est relié à la lune. Sa médecine apporte des idées nouvelles et favorise l’émergence du pouvoir qui réside en chacun de nous.
Le loup aide les enfants de la Terre à comprendre le Grand Mystère de la vie.

J'en étais sûre ! Il faut que je montre cette page à Tim avant de rendre le livre !
Voyons la suite ?

Le loup est synonyme de sauvagerie et la louve de débauche. Mais le langage des symboles interprète ces animaux, on s’en doute, d’une façon infiniment plus complexe, du fait, tout d’abord, qu’à l’instar de tout autre vecteur symbolique, ils peuvent être valorisés positivement autant que négativement.

C'est bien ce que je disais !

Positif apparaît le symbolisme du loup si l’on remarque qu’il voit la nuit. Il devient alors symbole de lumière, héros guerrier, ancêtre mythique. C’est la signification chez les Nordiques et chez les Grecs où il est attribué à Belen ou à Appollon.

Comme quoi, même les Nordiques qui craignaient Fenrir voyaient en lui un symbole de lumière. Ils disent bien qu'il va détruire notre monde pour en faire un monde meilleur après tout !

Le créateur des dynasties chinoise et mongole est le loup bleu céleste. Sa force et son ardeur au combat en font une allégorie que les peuples turcs perpétueront jusque dans l’histoire contemporaine, puisque Mustapha Kemal avait reçu de ses partisans le surnom de loup gris.

Les peuples de la Prairie nord-américaine semblent avoir interprété de la même façon la signification symbolique de cet animal : « je suis le loup solitaire, je rôde en maints pays », dit un champ de guerre des Indiens de la Prairie.
La Chine connaît également un loup céleste (l’étoile Sirius) qui est le gardien du Palais Céleste (la Grande Ourse). Ce caractère polaire se retrouve dans l’attribution du loup au nord. On remarque toutefois que ce rôle de gardien fait place à l’aspect féroce de l’animal : ainsi, dans certaines régions du Japon, l’invoque-t-on comme protecteur contre les autres animaux sauvages. Il évoque une idée de force contenue, se dépensant avec fureur, même sans discernement.
La louve de Romulus et Remus est-elle non pas solaire et céleste, mais terrienne sinon chtonienne. Ainsi, dans un cas comme dans l’autre, cet animal reste associé à l’idée de fécondité.
Au Kamtchatka, à la fête annuelle d’octobre, on fait une image du loup en foin et on la conserve un an pour que le loup épouse les filles du village ; chez les Samoyèdes, on a recueilli une légende qui met en scène une femme qui vit dans une caverne avec un loup.

La veinarde !

Cet aspect chtonien ou infernal du symbole constitue son autre face majeure. Elle semble restée dominante dans le folklore européen.
On la voit déjà apparaître dans la mythologie gréco-latine. C’est la louve de Mormolycé, nourrice de l’Achéron, dont on menace les enfants, exactement comme de nos jours on évoque le grand méchant loup ; c’est le manteau de peau de loup dont se revêt Hadès, maître des Enfers ; les oreilles de loup du dieu de la mort des Etrusques : c’est aussi selon Diodore Osiris ressuscitant sous forme de loup pour aider sa femme et son fils à vaincre son frère méchant.

C’est aussi une des formes données à Zeus à qui on immolait en sacrifice des êtres humains, aux temps où régnait la magie agricole, pour mettre un terme aux sécheresses, aux fléaux naturels de toute sorte. Zeus déversait alors la pluie, fertilisait les champs, dirigeait les vents.

Ah les croyances des humains ignorants ! Combien de sacrifices ont eu lieu pour apaiser des craintes sans fondements ?

Dans l’imagerie du Moyen-Age européen les sorciers se transforment le plus souvent en loup pour se rendre au Sabbat, tandis que les sorcières, dans les mêmes occasions, portent des jarretelles en peau de loup.
La croyance aux lycanthropes ou loup-garou est attestée depuis l’Antiquité en Europe. C’est une des composantes des croyances européennes, un des aspects sans doute que revêtent les esprits des forêts.
La mythologie scandinave présente spécifiquement le loup comme un dévorateur d’astres. Fenrir, le loup géant, est un des ennemis les plus implacables des dieux. Seule la magie des nains peut arrêter sa course, grâce à un ruban fantastique que nul ne peut rompre ou couper.
Notons pour conclure que ce loup infernal, et surtout sa femelle, incarnation du désir sexuel, constituent un obstacle sur la route du pèlerin musulman en marche vers La Mecque et plus encore sur le chemin de Damas, où elle prend les dimensions de la bête de l’Apocalypse.

La bête de l'Apocalypse ? Le grand méchant loup ? Celui qui détruira le monde ? Si c'est vraiment pour en faire un monde meilleur, j'aimerais bien que ces légendes soient réelles...
Déjà la sonnerie ? Le sol bourdonne sous la pression des centaines de pas qui montent les escaliers pour remplir les alvéoles vides de notre ruche humaine. Si seulement la place de chacun pouvait être respectée comme chez les abeilles... Les petits comme moi seraient protégés par les plus grands au lieu de trembler à l'idée de leur approche... et la prof qui n'arrive toujours pas...
Dos au mur, au plus proche de la porte afin de pouvoir y entrer dès que la clé aura tourné, je regarde approcher la foule avec anxiété. Il n'est jamais agréable de se retrouver seul contre tous. Heureusement pour moi Mlle Bellange est arrivé de l'autre côté sans que je m'en rende compte, et elle m'ouvre l'accès à son antre sécurisante avant que les autres n'aient eu le temps d'arriver. A ma place habituelle, juste devant l'estrade où trône son bureau, je n'ai pas besoin de veiller à mes arrière car elle est là. Ainsi j'ai l'impression d'être seule avec elle, en face à face intime avec cette femme sensible et intelligente, qui a eu la bonté de faire grandir ma confiance en moi et en mes capacités, en mettant en valeur mon travail d'écriture. Sans elle et Lili, je n'aurais rien à faire dans ce collège !

- « Bien, bonjour à tous ! J'espère que la visite d'hier au musée vous a inspirés et que vous avez trouvé beaucoup de choses à raconter. Qui veut commencer à nous lire son compte rendu ? »
Chacun essaie de passer inaperçu pour échapper à l'interrogatoire, fouillant leur sac à la recherche de leurs affaires, ou simulant de ne pas retrouver leur devoir à l'intérieur de leur classeur...
- « Allons, personne n'a envie de nous faire part de ses impressions ? Ne soyez pas timides, vous devriez êtres capables de prendre la parole en classe devant tout le monde maintenant... »
La douceur de ses encouragements me touche, elle essaie vraiment de nous aider à grandir sans nous brusquer, pas comme le reste de nos enseignants qui nous demandent déjà de nous comporter comme de jeunes adultes alors que nous avons encore un pied dans l'enfance...
Je me lance ! Autant profiter de sa présence pour oser affronter le regard des autres...
- « Mademoiselle ? »
- « Oui Amy ? Tu veux nous lire ton devoir ? »
- « Oui ! »

lundi 14 septembre 2015

Roman, "Kaïla" partie 12

 


La nuit a été longue à attendre que le soleil se lève pour m'offrir sa lumière. J'ai fini par somnoler au petit matin, mais la sonnerie du réveil m'a extirpée à la peur de revivre mon dernier rêve. Je m'étire longuement en admirant la lueur bénite qui perce à travers mes volets entrouverts, et me lève péniblement pour aller les ouvrir en grands et m'emplir de l'air frais du début du jour. Mes deux grosses boules de poils m'observent en gémissant.
- « Bonjour mes chiens, bien dormi ? Mouais, vous en avez de la chance ! »
Allez, pas le temps de traîner, quand il faut y aller, il faut y aller !
Maman m'attend en bas de l'escalier, et me regarde descendre les marches avec un air de reproche.
- « Qu'est-ce qu'il t'a prit à toi cette nuit ? »
- « Bonjour maman, moi aussi je suis heureuse de te voir... »
Sa méchanceté m'écoeure tellement parfois, que je préfère répondre par le sarcasme.
- « Ne fais pas la maligne Amy ! Tu as réveillée toute la maison à hurler comme un cochon qu'on égorge ! Regarde les cernes que j'ai maintenant pour aller travailler ! »
Non mais quelle égoïste !
- « Merci pour la comparaison maman, tu ne m'avais jamais donné de petit nom aussi doux ! Et je suis désolée que mes cauchemars t'ai réveillée, mais je te rassure je n'en ai pas dormi de la nuit ! »
- « Tu ne pense vraiment qu'à toi ma pauvre fille ! Maintenant c'est sûr, tu es le portrait craché de ta grand-mère ! »
- « Et oh maman, ce n'est pas comme si elle avait fait exprès de faire un cauchemar ! »
Adam qui me défend contre notre génitrice en furie, voilà qui me ravie.
- « Toi mon grand je te croyais plus malin que çà, mais puisque tu as tant envie de t'occuper d'elle, vas-y, ne te gêne pas pour moi ! »
Et voilà qu'elle s'en va en claquant la porte maintenant. Je la trouve tellement ridicule que j'ai envie de lui hurler qu'elle m'a volé ma réplique, ou plutôt mon geste fétiche. Adam nous prépare un petit déjeuner copieux, en ajoutant le bol de papa qui dort encore.
- « Ne t'en fait pas pour elle, çà lui passera. Pour l'instant tu dois prendre des forces, surtout si tu dis que tu n'as pas dormi de la nuit. »
Pas besoin d'une mère poule quand on a un grand frère comme lui.
- « Merci. »
Je suis morte de faim, et la peur de cette nuit associée à la colère de ce matin me font mordre à pleines dents dans mes tartines.
- « Tu avais les crocs ma paroles ! »
- « Tu l'as dit ! »
Notre complicité naissante me fait comprendre qu'il appuie encore sur mon amour pour les loups, et quand nos regards se croisent nous explosons tous les deux de rire. Une fois de plus la magie opère, et tout mon corps s'en trouve détendu, prêt à affronter une nouvelle journée.

Adam gare son scooter devant l'entrée du lycée, et je le remercie d'un sourire avant de me diriger vers celle des plus jeunes. Quand je pense que je vais devoir passer au minimum sept années de ma vie enfermée dans ce bâtiment austère, à intégrer des données sans intérêt pour les recracher par cœur et les oublier en suivant... je me sens désespérée.
Il est encore tôt et je me décide à faire un tour dans la bibliothèque pour essayer à nouveau d'y trouver un livre d'interprétation des rêves. Je me faufile discrètement à travers les étagères en espérant que les grincements de la porte d'entrée n'aient pas alarmé le Cerbère qui dort, mais rien ici ne semble vouloir m'aider à éclaircir ce qui hante mes nuits.
- « Bonjour. »
La voix éteinte de Tim, arrivé derrière moi sans un bruit, me fait sursauter. Il place un index devant sa bouche mouchetée de tâches de rousseur, et m'indique la sortie d'un signe de tête, tandis qu'il fait le premier pas comme pour m'inciter à le suivre. Personne ne semble nous avoir remarqués quand nous respirons enfin l'air pur de l'extérieur.

- « Qu'est-ce que tu cherche là dedans ? »
- « La même chose que toi, des livres ! »
Sa question est stupide, mais son air toujours aussi sérieux me déstabilise. Je n'arrive pas à savoir ce qu'il pense, et du coup je n'ai aucune répartie possible.
- « Et quel genre de livre ? »
Dis donc toi, tu es bien curieux... Bon sang mais comment peut-il fixer les gens avec un tel regard ? J'ai la sensation qu'il me transperce de part en part, et en même temps c'est comme s'il n'était pas vraiment là, ou pas vraiment vivant. Ces yeux noirs ne vont décidément pas avec le reste de son apparence, et son visage figé n'inspire pas beaucoup de confiance ni de sympathie.
- « Amy, dis-moi si je me trompe, mais tu ne semble pas du tout à l'aise dans cet endroit. En plus tu es bien la première personne que je vois y revenir, en général les professeur ou les autres élèves ne se risquent même pas jusqu'aux premières étagères. Je suis simplement curieux de savoir ce qui peut te donner envie d'y retourner malgré ta gêne. »
Il lit vraiment en moi ma parole ? Ou alors il est fin psychologue !
- « Tu as raison, en général je préfère aller à la bibliothèque municipale, c'est quand même beaucoup plus accueillant. Mais comme elle est fermée pour travaux je n'ai pas eu d'autre choix que d'entrer ici l'autre jour. »
Je sors le recueil de légendes lupines de mon sac et le lui tends.
- « Et voilà ce que j'y ai trouvé, un vrai trésor ! »
Il fixe le livre avec crainte et recule d'un pas comme s'il avait peur que je le touche avec.
- « Il ne va pas te mordre tu sais ? »
Sa réaction, bien qu'étrange, le rend plus humain à mes yeux et j'en retrouve mon humour.
Il relève le visage vers moi, méfiant.
- « Ce sont des livres dans ce genre que tu cherchais ? »
- « Comment çà dans ce genre ? »
- « Sur les loups. »
- « Tu ne les aime pas beaucoup on dirait ? »
- « Qui pourrait les aimer ? Toutes ces histoires ne servent qu'à faire peur ! Autant lire du Stephen King, au moins tu ne crains pas de voir ses histoires devenir réalité. »
- « Stephen King ? T'es fou ? J'ai une peur bleue des clowns depuis que j'ai vu « çà » ! »
Il me regarde avec un air amusé... enfin une expression qui semble se dessiner sur son visage ! Respirer le grand air doit lui faire du bien, qui pourrait garder son âme d'enfant en restant enfermé dans ce caveau ? Nous admirons ensemble la vue sur la ville, emplissant nos poumons de l'air frais du matin. J'ouvre le livre qui s'étale généreusement devant nous sur la murette, et cherche l'histoire du loup blanc pour faire changer l'avis de Tim sur ces animaux que j'adore.
- « Tu vas voir, les légendes ne parlent pas que de mangeurs d'enfants comme dans les contes qu'on nous lisait quand on était petits. Beaucoup de peuples admirent le loup et certains cherchent même à lui ressembler ! »
Je tourne quelques pages et tombe sur des légendes indiennes :

De tous les peuples de notre planète, les Indiens d'Amérique du Nord furent sans aucun doute ceux qui accordèrent au loup le plus d'honneurs. Dans ces sociétés de chasseurs, il devint parfois une divinité alliée, dont les fétiches conciliaient les faveurs. Chez les Iroquois de la région des grands lacs, existaient des «tribus de loups». Ces populations vivant de la chasse et de la cueillette considéraient que le loup était un être supérieur ; elles lui demandaient protection, santé et fécondité.
Les Indiens masqués dansent pour raconter les légendes.
À la suite du loup, apparaissent tous les autres animaux: le corbeau, messager du loup, l'aigle, le cerf,... À chaque danseur son masque, en vertu de la filiation spirituelle que les Anciens décèlent. Celui du loup est porté par ceux dont le courage et l'endurance sont supérieures.
Toute initiation est une reproduction de la mort et de la renaissance.
Cette initiation est la route qu'empruntent les enfants pour devenir des hommes.
Les populations indiennes de la Colombie britannique, Nootka, Kwakiut, Makak, célébraient un rituel (quatre à onze jours) appelé "Klukwana", la danse du loup. Avant la pleine lune du solstice, il ouvrait la saison sacrée de l'hiver où les initiés entrent en communication avec les esprits. Durant le rituel du loup, pour la souffrance qu'ils endurent en silence dans leur chair, les hommes déjà accomplis leur enseigneront le mystère des rites dont ils sont les dépositaires.
Au jour nommé "le jour où ils te taillent eux- mêmes" (troisième jour du rituel), les futurs initiés pratiquaient un quadrillage de scarification sur leurs avant-bras et leurs cuisses (faites au moyen de coquilles de moules), afin de prouver leur bravoure et de rappeler la quête d'Ha-Sass.



- « Bon d'accord c'est un peu barbare, mais ils font çà par vénération envers le loup. Regardes encore celle-là : »


L'Indien, c'est l'homme : l'égal du loup

Chez les Indiens Pawnee, l’identification est particulièrement forte. Dans leur langage, les mots « loup » et « homme », sont identiques, c’est-à-dire « pawnee ». Mais partout, l’Indien se lie à l’animal qu’il respecte et prend en exemple. Il est le modèle du chasseur dont ils revêtaient la peau pour réussir l’approche du gibier, le modèle du guerrier, dont la force et l’ardeur au combat sont sans égales. Mais le loup est aussi une référence d’un point de vue social, dans les rapports au sein du clan ou vis-à-vis de l’éducation des petits.
Bien plus qu'une "vénération", c'est un profond respect qui habite l'Indien à l'égard du loup. L'inverse est probablement vrai également. Plusieurs tribus ont, en effet, uni "le loup et l'Indien", d'égal à égal. Mais toutes partagent cette vision car l'un et l'autre envisagent chaque créature de l'univers comme partie d'un tout.

- « Alors tu vois ? De tous temps les hommes sages ont admiré les qualités du loup et s'en sont même inspiré ! »
Tim ne semble pas convaincu, et son visage froid penché sur le papier ancien, il commence à tourner lui-même les pages jusqu'aux légendes nordiques.

Fenrir

Loup géant des mythes nordiques, il déclenchera le Ragnarok, la fin du monde des mythes nordiques.

Loup immense, fils du dieu Loki et d’une géante, Fenrir était doté d’une force colossale le rendant redoutable, même pour les dieux. Ceux-ci voyaient d’un mauvais œil cette bête, qui était en mesure de les affronter et peut-être de les vaincre, d’autant qu’un oracle les averti qu’un jour Fenrir se retournerait contre eux. Fenrir fut élevé par les Ases et grandit démesurément, à tel point que seul Tyr avait le courage de lui donner à manger. Le roi des dieux, Odin, proposa de l’emprisonner pour ne pas souiller le monde de son sang, ce qu’approuva l’ensemble du conseil des dieux.
A deux reprises ils tentèrent d’enchaîner l’animal, mais sa force était si grande qu’il parvint à les briser. Odin alla alors trouver les nains pour qu’ils lui forgent des chaînes, les plus grosses et les plus résistantes du monde. Quand les nains présentèrent leur réalisation, ils surprirent Odin, car au lieu de lui remettre une chaîne aux lourds maillons, ils lui donnèrent un simple ruban, doux et soyeux créé avec leur magie ainsi que six éléments : le miaulement d’un chat, de la barbe de femme, des racines de la montagne , des tendons d’ours, un souffle de poisson et de la salive d’oiseau. Odin l’éprouva et put constater la résistance du ruban que rien ne semblait pouvoir déchirer, couper, ou rompre. Il nomma ce lien Gleipnir.
Cependant, il n’était pas facile d’attirer Fenrir, d’autant que la créature se méfiait désormais. Les dieux organisèrent un défi dans lequel ils devaient tenter de rompre le ruban. Tous tentèrent et échouèrent et ils proposèrent à Fenrir d’essayer. Le loup refusa dans un premier temps, puis finit par accepter de peur de passer pour un lâche. Cependant il imposa une condition : un des dieux mettrait sa main dans sa gueule pendant qu’il ferait son essai et s’ils tentaient de le piéger il la lui broierait. Les dieux hésitèrent mais Tyr accepta. Dès que Fenrir tenta de rompre le ruban, les dieux le lièrent avec le ruban. Le loup ne se laissa pas faire et comme il l’avait annoncé s’ils tentaient de le piéger, il broya la main de Tyr. Pour finir, Odin lui plaça une épée dans la gueule. Mais les souffrances de Fenrir étaient tellement insupportables qu’il hurlait à la mort. Pour faire cesser ces cris qui l’énervaient, Odin enfonça Gleipnir au plus profond de la terre, avec Fenrir.
Le mythe dit, qu’un jour Fenrir parviendra à se libérer de ses chaînes. Il rassemblera ses frères géants, et ils affronteront Odin et les autres dieux. Ce jour s’appelle le Ragnarok. Dans cet immense combat ils s’entre-tueront ; ce sera alors la fin du monde et il en renaîtra un monde meilleur.