mercredi 16 septembre 2015

Roman, "Kaïla" partie 13



Il lève les yeux vers moi sans dire un mot, comme pour me dire «  tu vois ? J'avais raison ! »
- « Pfff... c'est pas un peu fatiguant d'avoir toujours le dernier mot? »
Il ouvre de grands yeux comme s'il ne comprenait pas. Revenant aux légendes indiennes je décide de couper la poire en deux.
- « De toute façon, que le loup soit bon ou pas n'est pas le vrai problème. On ne peut voir les choses qu'avec le regard qu'on a choisit de poser sur le monde. Si l'homme est bon il s'identifiera aux bons côtés de l'animal, et s'il veut tuer son chien, il dira qu'il a la rage... »
- « Je ne comprend pas où tu veux en venir Amy ? »
- « Ce que je veux dire c'est que c'est à toi de décider comment tu veux voir les choses. Rien ne t'empêche de changer d'avis sur les loups ! Regarde ! »


Les deux loups, une légende Cherokee


Un vieux Cherokee voulait faire l’enseignement de son petit-fils en lui parlant de ce qu’est la vie.
«Il y a un combat qui se déroule en moi», dit-il au garçon.
C’est un combat terrible qui se produit entre deux loups. L’un est mauvais, il n’est que colère, envie, tristesse, regret, avidité, arrogance, auto apitoiement, culpabilité, ressentiment, sentiment d’infériorité, mensonges, faux orgueil, sentiment de supériorité et ego.
Et puis il y a l’autre loup: il est bon, et n’est que joie, paix, amour, espoir, sérénité, humilité, bonté, bienveillance, empathie, générosité, vérité, compassion et foi.
Ce combat terrible se passe aussi en toi, et à l’intérieur de chacun. »
Le petit-fils réfléchit pendant une minute, puis demanda à son grand-père,
« Mais grand-père, lequel des deux loups va gagner? »
Le vieux Cherokee lui répondit simplement :
« Celui que tu nourris. »

- « Mouais, ces loups là sont plutôt symboliques. En attendant on entend surtout parler du grand méchant loup ou des loups garous en général. »
- « Ne m'en parle pas, des gens qui marquent la lune je n'ai que çà autour de moi en ce moment. Elle devait être pleine l'autre soir parce qu'ils étaient tous énervés chez moi ! »
- « Tu sais qu'il te suffirait de lever les yeux au ciel pour voir comment est la lune ? »
- « Tu te moque de moi là ? »
- « Un peu, mais il y a de quoi... »
- « Eh oh ! »
- « Amy, même en plein jour la lune est parfois visible, regardes plutôt par là ! »
- « Ok je vois la lune, et après ? »
- « Elle arrive seulement au premier quart, la pleine lune n'aura lieu que le samedi de la semaine prochaine. »
- « Le soir des fêtes de la ville ? »
- « Oui. »
- « Le premier soir des grandes vacances, çà me tarde d'aller faire des tours de manèges, pas toi ? »
- « Pas vraiment. »
- « Pourquoi ? »
- « Disons que la foule ce n'est pas mon truc. »
- « Et c'est quoi ton truc ? »
La sonnerie nous rappelle à l'ordre, nous obligeant à nous séparer pour quelques heures. Tim me regarde m'éloigner sans ciller, et finit par répondre timidement à mon geste de la main. Tout espoir n'est pas perdu chez ce garçon on dirait...

Deux heures de Maths direct dès le matin, çà devrait être interdit ! Heureusement que le cours suivant est celui de Français, j'ai hâte de montrer mon devoir à Mlle Bellange et de savoir ce qu'elle en pense. Les trois furies se sont fait oubliées depuis leur rencontre avec Lupo mardi soir, on peut dire que c'est une journée qui commence bien !

La torture des chiffres enfin terminée, je me dirige avec enthousiasme vers la prochaine salle de cours, en évitant la case « récréation » pour ne pas tenter mes diablesses. Le ciel bleu d'aujourd'hui ne signifie pas pour autant qu'une tempête ne pourrait pas arriver sans prévenir. Déterminée à arriver au bout de mon année scolaire sur une rivière calme, je mène ma barque en prenant soin de ne pas réveiller l'eau qui dort pour ne pas faire de vagues. La porte est fermée à clé cette fois-ci, je n'aurai pas toujours la chance d'avoir un accueil à la hauteur de celui de Lili. Qu'à cela ne tienne, je vais en profiter pour terminer de lire mon grimoire sur les loups afin de le rendre à son propriétaire à l'heure du déjeuner ; çà le mettra peut-être de meilleure humeur si je me décide à emprunter un dernier livre pour la semaine prochaine... Tim sera peut-être là-bas lui aussi, j'aimerais bien continuer notre conversation de ce matin maintenant qu'il commence à devenir plus humain...
Tiens, voilà quelque chose d'intéressant...

La symbolique du loup à travers le monde

Le loup est très proche de l’être humain. Comme nous, le loup a des liens familiaux très puissants tout en gardant son désir d’individualisme. Il est fidèle comme le chien, c’est son ancêtre d’ailleurs de 100 000 ans.
Au sein de la grande nation des étoiles, Sirius, l’étoile du chien, évoque le loup céleste. Selon une légende amérindienne, c’est dans cette étoile que se situe le lieu originel de nos maîtres des temps anciens. Dans l’antiquité, les Egyptiens plaçaient la maison des dieux dans cet astre. Les Dogons d’Afrique croient encore actuellement à ce mythe. Les Amérindiens adoptent le clan des loups comme leur maître. Dans les totems, le loup est le symbole de notre maître intérieur.
Le loup est relié à la lune. Sa médecine apporte des idées nouvelles et favorise l’émergence du pouvoir qui réside en chacun de nous.
Le loup aide les enfants de la Terre à comprendre le Grand Mystère de la vie.

J'en étais sûre ! Il faut que je montre cette page à Tim avant de rendre le livre !
Voyons la suite ?

Le loup est synonyme de sauvagerie et la louve de débauche. Mais le langage des symboles interprète ces animaux, on s’en doute, d’une façon infiniment plus complexe, du fait, tout d’abord, qu’à l’instar de tout autre vecteur symbolique, ils peuvent être valorisés positivement autant que négativement.

C'est bien ce que je disais !

Positif apparaît le symbolisme du loup si l’on remarque qu’il voit la nuit. Il devient alors symbole de lumière, héros guerrier, ancêtre mythique. C’est la signification chez les Nordiques et chez les Grecs où il est attribué à Belen ou à Appollon.

Comme quoi, même les Nordiques qui craignaient Fenrir voyaient en lui un symbole de lumière. Ils disent bien qu'il va détruire notre monde pour en faire un monde meilleur après tout !

Le créateur des dynasties chinoise et mongole est le loup bleu céleste. Sa force et son ardeur au combat en font une allégorie que les peuples turcs perpétueront jusque dans l’histoire contemporaine, puisque Mustapha Kemal avait reçu de ses partisans le surnom de loup gris.

Les peuples de la Prairie nord-américaine semblent avoir interprété de la même façon la signification symbolique de cet animal : « je suis le loup solitaire, je rôde en maints pays », dit un champ de guerre des Indiens de la Prairie.
La Chine connaît également un loup céleste (l’étoile Sirius) qui est le gardien du Palais Céleste (la Grande Ourse). Ce caractère polaire se retrouve dans l’attribution du loup au nord. On remarque toutefois que ce rôle de gardien fait place à l’aspect féroce de l’animal : ainsi, dans certaines régions du Japon, l’invoque-t-on comme protecteur contre les autres animaux sauvages. Il évoque une idée de force contenue, se dépensant avec fureur, même sans discernement.
La louve de Romulus et Remus est-elle non pas solaire et céleste, mais terrienne sinon chtonienne. Ainsi, dans un cas comme dans l’autre, cet animal reste associé à l’idée de fécondité.
Au Kamtchatka, à la fête annuelle d’octobre, on fait une image du loup en foin et on la conserve un an pour que le loup épouse les filles du village ; chez les Samoyèdes, on a recueilli une légende qui met en scène une femme qui vit dans une caverne avec un loup.

La veinarde !

Cet aspect chtonien ou infernal du symbole constitue son autre face majeure. Elle semble restée dominante dans le folklore européen.
On la voit déjà apparaître dans la mythologie gréco-latine. C’est la louve de Mormolycé, nourrice de l’Achéron, dont on menace les enfants, exactement comme de nos jours on évoque le grand méchant loup ; c’est le manteau de peau de loup dont se revêt Hadès, maître des Enfers ; les oreilles de loup du dieu de la mort des Etrusques : c’est aussi selon Diodore Osiris ressuscitant sous forme de loup pour aider sa femme et son fils à vaincre son frère méchant.

C’est aussi une des formes données à Zeus à qui on immolait en sacrifice des êtres humains, aux temps où régnait la magie agricole, pour mettre un terme aux sécheresses, aux fléaux naturels de toute sorte. Zeus déversait alors la pluie, fertilisait les champs, dirigeait les vents.

Ah les croyances des humains ignorants ! Combien de sacrifices ont eu lieu pour apaiser des craintes sans fondements ?

Dans l’imagerie du Moyen-Age européen les sorciers se transforment le plus souvent en loup pour se rendre au Sabbat, tandis que les sorcières, dans les mêmes occasions, portent des jarretelles en peau de loup.
La croyance aux lycanthropes ou loup-garou est attestée depuis l’Antiquité en Europe. C’est une des composantes des croyances européennes, un des aspects sans doute que revêtent les esprits des forêts.
La mythologie scandinave présente spécifiquement le loup comme un dévorateur d’astres. Fenrir, le loup géant, est un des ennemis les plus implacables des dieux. Seule la magie des nains peut arrêter sa course, grâce à un ruban fantastique que nul ne peut rompre ou couper.
Notons pour conclure que ce loup infernal, et surtout sa femelle, incarnation du désir sexuel, constituent un obstacle sur la route du pèlerin musulman en marche vers La Mecque et plus encore sur le chemin de Damas, où elle prend les dimensions de la bête de l’Apocalypse.

La bête de l'Apocalypse ? Le grand méchant loup ? Celui qui détruira le monde ? Si c'est vraiment pour en faire un monde meilleur, j'aimerais bien que ces légendes soient réelles...
Déjà la sonnerie ? Le sol bourdonne sous la pression des centaines de pas qui montent les escaliers pour remplir les alvéoles vides de notre ruche humaine. Si seulement la place de chacun pouvait être respectée comme chez les abeilles... Les petits comme moi seraient protégés par les plus grands au lieu de trembler à l'idée de leur approche... et la prof qui n'arrive toujours pas...
Dos au mur, au plus proche de la porte afin de pouvoir y entrer dès que la clé aura tourné, je regarde approcher la foule avec anxiété. Il n'est jamais agréable de se retrouver seul contre tous. Heureusement pour moi Mlle Bellange est arrivé de l'autre côté sans que je m'en rende compte, et elle m'ouvre l'accès à son antre sécurisante avant que les autres n'aient eu le temps d'arriver. A ma place habituelle, juste devant l'estrade où trône son bureau, je n'ai pas besoin de veiller à mes arrière car elle est là. Ainsi j'ai l'impression d'être seule avec elle, en face à face intime avec cette femme sensible et intelligente, qui a eu la bonté de faire grandir ma confiance en moi et en mes capacités, en mettant en valeur mon travail d'écriture. Sans elle et Lili, je n'aurais rien à faire dans ce collège !

- « Bien, bonjour à tous ! J'espère que la visite d'hier au musée vous a inspirés et que vous avez trouvé beaucoup de choses à raconter. Qui veut commencer à nous lire son compte rendu ? »
Chacun essaie de passer inaperçu pour échapper à l'interrogatoire, fouillant leur sac à la recherche de leurs affaires, ou simulant de ne pas retrouver leur devoir à l'intérieur de leur classeur...
- « Allons, personne n'a envie de nous faire part de ses impressions ? Ne soyez pas timides, vous devriez êtres capables de prendre la parole en classe devant tout le monde maintenant... »
La douceur de ses encouragements me touche, elle essaie vraiment de nous aider à grandir sans nous brusquer, pas comme le reste de nos enseignants qui nous demandent déjà de nous comporter comme de jeunes adultes alors que nous avons encore un pied dans l'enfance...
Je me lance ! Autant profiter de sa présence pour oser affronter le regard des autres...
- « Mademoiselle ? »
- « Oui Amy ? Tu veux nous lire ton devoir ? »
- « Oui ! »

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