samedi 19 septembre 2015

Roman, "Kaïla" partie 15


En apercevant la porte ouverte sans personne à l'intérieur, je me glisse discrètement jusqu'à ma place. Me tournant sur ma chaise afin d'avoir le dos au mur, je commence à feuilleter ce livre littéralement tombé du ciel... Mes dernières nuits, plus que mouvementées, vont peut-être commencer à s'éclairer. La première énigme de cette semaine, c'est cette course effrénée vers Jeff, ces loups qui l'entouraient et ses yeux envahis de fumée noire... Voyons un peu çà...

Courir : s'éloigner de quelque chose en courant signifie que vous n'êtes ni prêt ni désireux d'affronter un problème. Représente la peur qui nous fait rejeter des aspects de nous-mêmes. Si vous courez au ralenti, c'est que bientôt il vous faudra faire face à votre peur. Pour comprendre ce qu'est cette peur, arrêtez-vous et faites face à votre poursuivant et demandez-lui des éclaircissements. Le fait d'affronter sa peur la fait disparaître et vous soulage du lourd fardeau de cette angoisse qui accable votre conscience. Si vous courez vers quelque chose, c'est que vous désirez ardemment aller de l'avant et infléchir de manière positive le cours de votre évolution. Voir course.

Hum, mouais... Pas très convaincant. Si j'ai peur c'est de ces rêves justement, pas d'autre chose...

Course : si vous participez à une course, c'est que des aspects de votre être sont en conflit. Unissez tous les aspects de votre être afin de « gagner ». Si vous courrez tout seul, prenez des temps de pause tout au long du chemin pour réfléchir à vos expériences et les intégrer.

Genre... t'es en plein rêve et tu te dis «  Fichtre, je devrais m'arrêter faire une pause pour réfléchir à cette expérience et l'intégrer... ». Qu'est-ce que c'est que ces interprétations bidons? Bon allez, une petite dernière pour voir :

Yeux : votre vision actuelle des choses. Un œil seul représente le corps spirituel, l'œil de Dieu, la conscience élargie et une juste vision des choses. Vérité, pouvoir, perception extra-sensorielle. Une paire d'yeux ouverts indique une vision claire des choses ;des yeux fermés indiquent que l'on refuse de voir la vérité en face. Voir aveugle.

Certes, mais la fumée noire dans tout çà ? Il n'est pas très détaillé ce bouquin, çà ne me dit pas tout...

Fumée : un manque de clarté (ben voyons !) ; tout est brumeux. Confusion. (Vous m'en direz tant!) Représente les émotions enflammées. Symbolise également un avertissement. Il n'y a pas de fumée sans feu. Voir brouillard.

Mouais, bon, je crois que je vais devoir reprendre des risques demain pour essayer de trouver un autre livre un peu plus complet.
En relevant les yeux je me rends compte que la salle de classe s'est remplie sans que je m'en rende compte. Ce petit livre a quand même détourné mon attention au point que je n'entende pas la sonnerie. D'ailleurs, si j'avais été attentive à cette alarme, je me serais rendu compte que j'étais cernée.

- « Vous trois ! Je ne veux pas vous voir là ! Vous aimez vous asseoir près des fenêtres d'habitude il me semble ? »
Le grand costaud ne plaisante pas, il n'est pas dupe du jeu de mes tortionnaires depuis l'incident du dernier cours. A contre-coeur elles ramassent leurs affaires pour aller se ranger au fond de la pièce.

- « Mlle Bright, en ce qui vous concerne, puisque vous sembliez si pressée d'être en cours, vous allez nous lire votre devoir de généalogie ! »
Des rires montent parmi les rangs et je me rends compte que ce prof ne me fera pas de cadeau. Il évite peut-être simplement d'avoir du chahut pendant son cours, sans pour autant penser à me protéger !
Je me lève péniblement, loin de me sentir rassurée. Autant mon exposé de ce matin sur le collier me passionnait, autant là je sais que le vide laissé sur un bon quart de ma feuille par la branche malade de mes ancêtres, me vaudra à coup sûr les railleries de toute la classe, et peut-être même celles du prof...

En recopiant mon arbre au tableau comme il nous l'a demandé, je sens une rumeur s'élever doucement derrière moi. Je pose la craie pour commencer à tenter de détourner l'attention générale vers les aïeuls de mon père, quand les questions commencent à pleuvoir du fond de la salle.
- « Monsieur ? Elle n'a pas rempli tout son arbre ! »
Traversat, qui attendait gentiment que je commence à lire mes notes, assis sur un bureau du premier rang, lève soudain les yeux vers moi.
- « C'est vrai. Mademoiselle, seriez-vous entrain de bâcler votre travail ? Vous avez oublié toute une branche sur le tableau ! »
- « Ce n'est pas un oubli monsieur. »
- « Comment çà ? Vous n'avez pas terminé votre devoir alors ? »
- « J'ai cherché longtemps, mais il n'y a aucune trace de certains de mes ancêtres dans ma famille. Mon frère et ma sœur ont eu le même problème avant moi... »
- « Quand même, il y a bien des documents quelque part... Il n'y a aucun homme du côté de votre mère, alors que vous êtes remonté à plusieurs générations de femmes sans aucun problème... »
Des sarcasmes sont lancés comme des flèches acérées depuis le fond de la salle.
- « Ils ont sans doute prit la fuite, si elles étaient toutes comme elle ! »
- « Tu m'étonne ! Qui voudrait d'une sorcière pareille ! »
- « Taisez-vous vous autres ! »
Un vent fort s'est levé et frappe les fenêtres avec force tandis que je serre les dents.
- « Mais monsieur, c'est bizarre quand même ! »
- « T'es sûre que t'as pas été adoptée Bright ? »
- « Et pourquoi tu porte pas le nom de ton père? »
- « Ouais, il a honte de toi ? »
- « Bâtarde ! »
La tempête éclate en moi, comme celle qui frappe au dehors. Les fenêtres sont secouées si fort que les gongs lâchent au niveau de mes ennemies. Elles seules sont touchées par une violente rafale de vent, qui les soulève une par une comme des oies en plein vol. Ensevelies sous un monticule de tables et de chaises, les trois harpies poussent des plaintes lamentables.

En quelques secondes, elles sont libérées par notre féru d'Histoire. Faisant honneur à sa réputation de grand costaud, il les soulève à leur tour d'une main, pour les escorter jusqu'à l'infirmerie. Le vent est retombé d'un coup, et tandis que certains s'affairent à tout ranger, j'en profite pour effacer discrètement mon œuvre au tableau noir, et me dépêche d'aller me rasseoir à ma place, pour étudier une fois de plus selon les consignes laissées par notre prof absent.
Un brouhaha général s'éveille peu à peu au fur et à mesure que le temps passe, et bien qu'il ne soit toujours pas revenu au moment où la cloche sonne, aucun élève ne se fait prier pour ranger ses affaires et prendre la direction de la sortie en courant.

Suivant le mouvement général à quelques pas derrière les autres, je traîne des pieds dans les couloirs sombres afin d'éviter d'être prise par la vague d'élèves fous. Au moment où j'aperçois enfin la lumière du dehors percer à travers le porche d'entrée, j'ai l'impression d'avoir une vision. Un ange m'attend, perché sur sa moto tout terrain.
- « Jeff ? Qu'est-ce que tu fais là ? »
- « Je t'attendais mimi. »
Sa voix est aussi douce que le baiser qu'il dépose sur ma joue, si bien qu'un frisson me parcours le corps à m'en faire trembler.
- « Tu as froid princesse ? Tu n'es pas bien couverte ! »
- « C'est que le temps s'est dégradé d'un coup ! Il faisait bon ce matin, avant que cette tempête n'éclate... »
- « Une tempête tu dis ? »
- « Oui, une fenêtre a même cédé sous la pression cet après-midi ! Mais çà m'a fait bien rigoler de voir ces trois pestes s'envoler ! »
Jeff caresse alors doucement mes cheveux d'un air triste, avant de retirer son pull épais.
- « Tiens, enfile çà avant de prendre froid ! »
- « Mais, et toi ? »
- « Je survivrai ! »
Avec ce sourire à tomber, je ne peux pas lui résister et m'enveloppe de sa chaleur et de son parfum. Tandis qu'il me fait face, sa peau claire moulée dans un simple t-shirt, mes yeux se perdent dans les siens pour un moment d'éternité, faisant s'envoler les problèmes de la journée.
- « Salut mec ! Tu t'es trompé de bahut ? »
Adam nous a rejoint en silence, en poussant son scooter. J'espère qu'il n'était pas en train de nous observer.
- « Salut Adam, je pensais vous raccompagner aujourd'hui, histoire de s'entraîner un peu... »
- « Alors çà sera sans moi ! Je ramène Amy à la maison et je file, j'ai un rencart ! »
Mon frère est fier comme un coq ; encore une fille tombée dans ses filets... la pauvre ! Dommage que Jeff n'ai pas de place pour moi sur son engin, sinon on serait rentré serrés l'un contre l'autre...
- « Ok, alors peut-être que je pourrai m'occuper de toi ce soir mimi ? »
- « Holà, de quoi tu parles ? »
Mon frère s'énerve et se dépêche de me faire monter derrière lui.
- « Amy voulait apprendre quelques techniques de combat, alors je lui montrerai les bases ce soir puisque tu n'es pas là... »
- « Toi petite ? Avec un bâton ? Je demande à voir ! En tout cas je suis content de ne pas rester dans les parages ! »
- « Eh oh ! »
Je donne une tape à mon frère dans le dos, et nous démarrons tous les trois d'un fou rire général.

Arrivés à la maison, Adam nous laisse et repart sans être descendu de son engin. La belle en question doit valoir le détour. Jeff prend mon sac sur son épaule et je le suis jusqu'en-haut de la bute, là où il s'entraîne souvent avec Adam.

- « On ne prend pas de bâton ? »
- « Pas tout de suite Amy, tu vas d'abord devoir apprendre à centrer ton corps et ton esprit afin de maîtriser tes émotions. »
- « Ah bon ? »
- « La colère est une force, ravageuse quand on la laisse libre, mais elle peut déplacer des montagnes si on sait la canaliser. Sois mignonne et contente-toi d'imiter tous mes gestes pour l'instant d'accord ? »
- « D'accord ! »
Je suis les mains de Jeff d'un regard soutenu et en imite le moindre mouvement, échauffant d'abord mon corps par des frictions articulaires, puis faisant circuler ma propre énergie à travers tous mes membres qui semblent se réveiller d'un long sommeil. Je me sens peu à peu plus légère et plus vive, comme connectée au ciel et à la terre autour de moi, ne faisant plus qu'un avec la vie qui m'entoure.
- « Venez mettre la table vous deux ! »
Ma bulle de verre se brise au moment où j'entends la voix de ma mère.
- « On arrive madame ! Allez mimi, on se recentre et çà ira pour aujourd'hui. »

Le repas vite expédié, Jeff et moi faisons la vaisselle côte à côte et je monte me coucher avant son départ pour ne pas me retrouver seule avec ma mère. Pour une fois que je n'ai pas de devoirs à faire, je vais pouvoir me coucher tôt dès que j'aurai noté mes impressions du jour dans mon petit journal.

Cher journal,
La journée a été longue et pénible, mais grâce à Jeff elle se termine en douceur. Que dire de plus aujourd'hui ? Je me suis rapproché de Tim qui est un garçon vraiment bizarre... c'est vrai, comment peut-on aimer Stephen King et détester les loups ? Bref, il m'a confirmé que l'autre fou, qui est en fait son TUTEUR me déteste, même si lui non plus ne sais pas pourquoi. J'ai vécu un calvaire avec mes trois folles à chaque fois que j'ai parlé de mes devoirs, mais j'ai quand même bien rigolé quand la fenêtre s'est cassé et qu'elles se sont fait retourner comme des crêpes par le vent !:)Bref, encore une drôle de journée, bien chargée... Voyons ce que me réserve demain...

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