samedi 26 septembre 2015

Roman, "Kaïla" partie 17



Une fois entrée dans l'arène, mon frère étant parti de son coté vers le lycée, je me sens à nouveau vulnérable. Pour éviter d'attirer les regards de bon matin, je longe les arcades de vieilles pierres jusqu'à l'austère porte en bois, et me glisse à l'intérieur à pas de loup. Il n'y a même pas une mouche ici que je pourrais entendre voler... Ce silence mortel me donne l'impression d'avoir fait un pas vers un monde parallèle. Bien décidée à remplacer mon petit livre de poche inconsistant par un plus gros volume, plus parlant, sur le monde onirique, je m'agrippe aux bretelles de mon sac à dos et m'avance vers les étagères où Tim et moi avons fait notre trouvaille la veille.
- « Voyons... c'était quelque part par là... »
Je ne peux m'empêcher de parler toute seule pour apaiser l'angoisse qui monte en moi à mesure que je m'enfonce dans l'obscurité et le silence de ce lieu où je sais ne pas être la bienvenue. Mes chuchotements, bien que très légers, me rappellent que je suis toujours en vie. Mes doigts courent lentement sur la bordure de bois, ramassant au passage une épaisse poussière qui témoigne du peu de fréquentation qu'il y a ici. En me baissant pour vérifier les vieux volumes parés de cuir rangés au ras du sol, je sens un léger courant d'air qui amène à mes narines le parfum lourd et aigre des vieilles peaux tannées. Qu'est-ce qu'il peut bien y avoir derrière ce mur pour que je sente cet air frais ?
Je dégage quelques volumes qui pèsent une tonne et découvre une petite trappe en bois. On dirait une cachette, ou carrément un vieux coffre fort... Heureusement le temps passé avant moi a fait son œuvre et la porte s'effondre dès que je la frôle du bout des doigts. Sous le bois en miettes, dévoré par les termites, une boite de métal m'attend. Je la ramène à moi et suis surprise de ce qu'elle contient...
Un énorme grimoire, en parfait étant de conservation, se cachait là depuis certainement une éternité, comme un trésor oublié.
- « « Le monde des rêves et ses secrets », ce livre est fait pour moi ! »
- « Rendez-moi çà tout de suite ! »
Oh non ! J'ai parlé trop fort dans mon enthousiasme, et mon ennemi juré se tient au-dessus de moi en me tendant sa main crochue, non pas pour m'aider à me relever, mais pour que je lui fasse cadeau de mon trésor.
- « Je... je voudrais l'emprunter... »
Sa position dominatrice me fait perdre mes moyens, et je manque d'audace pour affirmer ma volonté d'une voix de fer. Le vieux ronchon ne me laisse même pas le temps de me reprendre, et m'arrache le livre des mains sans que j'ai eu le temps de l'ouvrir.
- « Vous ne pouvez pas, il est réservé. »
- « Réservé ? »
Sa réponse étrange me paraît tellement stupide, que je me réveille de ma léthargie et me relève pour lui faire face.
- « Comment peut-il être réservé alors qu'il était caché là-dedans ? »
Ses petits yeux plissés ne prennent même pas la peine de suivre mon geste ; visiblement je ne lui apprend rien.
- « Ce livre n'a rien à faire entre vos mains mademoiselle, et je vous prierai de ne plus venir semer le trouble dans ces murs à l'avenir. Ce lieu n'est pas une cours de récréation pour les enfants indisciplinés dans votre genre ! »
Son doigt osseux pointe fébrilement vers mon front tandis que tout son corps tremble de colère. Serrant fermement le livre contre lui, il dirige violemment son bras de ma tête vers la porte de sortie, et je comprends qu'il ne sera pas question pour moi de remettre les pieds ici tant que je n'aurai pas perdu mon apparence juvénile. Je dépose sur son bureau le livre de poche comme pour régler mes dettes, avant de lancer un regard de défi au maître des lieux. Ce fou a peut-être gagné une bataille, mais je compte bien remporter la victoire à la prochaine guerre !

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