dimanche 18 octobre 2015

Roman, "Kaïla" partie 24

 


Arrivée rapidement en bas, dans la rue, j'appelle mon frère qui ne tarde pas à venir me récupérer. C'est dommage, sans l'intervention de l'autre arriéré, j'aurais passé une excellente après-midi. En longeant les berges de la rivière qui traverse la ville, on croise Jeff sur sa moto et il nous emboîte le pas. Au moins, ma soirée promet d'être plus douce...
J'ai parlé un peu trop vite, car maman est là qui nous attend sur la terrasse, comme si elle avait passé les dernières heures à se languir de nous.
- « C'est à cette heure-ci que tu rentre toi ? Et tu te sers de ton frère comme chauffeur en plus ! Non mais tu te prends pour qui ? Et tu étais où d'abord ? Tu m'a demandé la permission peut-être avant de disparaître tout l'après-midi ? »
- « Eh oh, c'est bon maman, on se calme ! Si j'ai envie de conduire Amy quelque part çà me regarde, je suis assez grand ! »
Adam a garé son scooter en bas des marches, et n'a pas attendu d'en descendre pour remettre notre mère à sa place. De mon côté, je préfère garder mon casque et ne rien dire, car elle fulmine tellement qu'elle commence à me faire peur. On dirait que de la fumée va lui sortir des narines, comme les taureaux prêts à charger, dans les dessins animés.
- « Peut-être, mais je suis sa mère, et c'est à moi de dire si elle peut sortir de la maison ou pas... »
- « C'est bon ! Change de disque ! On n'est plus à ton époque, elle ne va pas rester enfermée toute sa vie non plus ! Et puis tu crois que je vais l'amener dans un endroit où çà craint ? Sérieux ? Elle était juste chez un pote, elle a bien le droit de se faire des amis, non ? »
- « Elle se fera des amis quand elle aura terminé ses devoirs ! Et puis çà commence à bien faire que tu prenne sa défense ! Si elle est si grande que çà elle peut me répondre elle-même non ? »
Je descend de l'engin pour m'écarter de leur duel, tandis que mon frère remonte les marches calmement, comme pour faire monter un peu plus la pression. La moto de Jeff arrive discrètement derrière nous, mais il reste lui aussi à distance respectable de ce énième conflit familial.
- « Il faut bien que quelqu'un s'en occupe, puisque ce n'est pas toi qui va la protéger ou la consoler quand elle en a besoin...  MAMAN !»

PAF !

Les yeux comme des soucoupes, notre mère semble être la première surprise de son geste. Jamais elle n'a encore levé la main sur nous, et de ses trois enfants, Adam est sûrement le dernier qu'elle pensait gifler un jour !
- « Co... comment tu peux dire çà ? Je suis une mauvaise mère ? Hein ? C'est çà ? Mais... il faudrait que je fasse quoi alors ? Que j'aille la consoler toutes les nuits quand elle hurle comme un goret ? Hein ? C'est çà ? Mais répond ! »
- « Mais tu veux que je te dise quoi ? Bien sûr que tu devrais aller la consoler ! C'est bien ce que tu faisais avec Leïla et moi, non ? Bon sang, mais c'est toi sa mère ! C'est ton rôle ! Merde ! »
- « Mon rôle ? Mais... mais ouvre les yeux mon pauvre garçon ! C'est du cinéma ! Comment veux-tu qu'une gamine hurle aussi fort et aussi longtemps avec de simples cauchemars ? Elle fait çà uniquement pour te faire marcher ! Elle te manipule, et si çà continue elle te mènera par le bout du nez ! Sa grand-mère faisait pareil avec les hommes...»
Jeff est arrivé en silence derrière moi, et posant ses mains sur mes épaules, il brise la crise d'hystérie maternelle d'une vois grave.
- « Arrêtez ! »
Personne ne s'attendait à ce qu'il intervienne, et tous les regards se tournent vers lui, stupéfaits.
- « Vous parlez de cauchemars, de hurlements... qu'est-ce que çà signifie exactement ? »
- « Je... c'est rien, je... »
Mon frère me coupe la parole, en voyant que j'ai du mal à trouver mes mots.
- « C'est Amy, çà fait plusieurs nuits qu'elle se réveille en hurlant. Encore que cette nuit c'est moi qui ai du te réveiller, hein petite? »
La tendresse de son regard me donne envie de pleurer, et je suis incapable de lui répondre, tant les mots se serrent dans ma gorge. Jeff insiste, ses mains se resserrant sur mes bras...
- « Ces rêves... de quoi s'agit-il exactement ? »
- « De choses... de monstres... qui voulaient la bouffer... »
Mon prince me fait brutalement faire volte-face en se jetant à mes genoux pour plonger ses yeux dans les miens... sa respiration s'accélère, tandis qu'il tente de maîtriser sa colère. Ses mains tremblent de chaque côté de mon crâne, en ramenant mes cheveux en arrière...
- « Amy... quand je t'ai demandé l'autre soir ce qu'étaient ces cauchemars... tu m'as dit que ce n'était rien... ? »
Je commence à trembler moi aussi...
- « Je... je ne t'ai pas menti... c'est juste qu'à ce moment-là, c'est vrai, ce n'était rien... enfin, juste qu'il faisait noir, tout çà... »
- « C'est vrai mec, c'est devenu de pire en pire chaque soir en fait. Ce n'est plus des cauchemars qu'elle fait, c'est des terreurs nocturnes ! Mais pourquoi çà t'intéresse autant à toi ? »
- « Ah çà, pour être de pire en pire, c'est clair qu'elle crie de plus en plus fort ! Elle nous fait un cinéma je vous dis ! Vous devriez arrêter de vous inquiéter autant pour elle tous les deux ! Moi je rentre ! »
Jeff ignore totalement ma mère et mon frère qui continuent à se disputer en passant le seuil de la maison, et me force à soutenir son regard en maintenant fermement mon visage face au sien.
- « Amy tu vas me dire exactement de quoi il s'agit ! Tu as vu quoi en rêve cette nuit ? »
- « Ce... c'étaient des monstres horribles... tu sais, comme le Gollum dans « Le Seigneur des anneaux » ? Il faisait nuit, et j'avais froid... et... je ne pouvais plus bouger... »
- « Tu étais où exactement ? »
- « Je n'en sais rien, il faisait nuit noire, je sentais seulement que j'étais sur de la pierre, et si j'ai vu leur tête c'est parce qu'il y avait la lune... »
- « De la pierre ? La lune ? Ne me dis pas qu'elle était... »
- « Pleine ! C'était la pleine lune ! »
- « Putain Amy ! C'est pas vrai ! Pourquoi tu ne m'a rien dit avant ? »
Je ne sais pas quoi lui répondre maintenant, il s'est levé d'un bond et tourne sur lui même en se tenant la tête, comme désemparé...
- « Mais, je ne sais pas... je... »
- « Amy... »
Revenu à présent face à moi, et collant son front contre le mien, sa voix se fait plus douce.
- « J'aimerais pouvoir lire parfaitement en toi, mais... écoute, tu dois tout me dire pour l'instant, d'accord ? Tout ! »
- « Euh, oui... d'accord... »
- « Je suis désolé princesse, ce n'est pas après toi que je suis en colère, mais après moi ! »
Il me caresse les joues et m'embrasse sur le front avec tendresse.
- « Maintenant écoute-moi bien ma belle ! Je ne veux pas que tu t'endorme avant que je sois revenu d'accord ? Ne te met pas au lit, ne t'assois pas à ton bureau, ne reste pas sur le canapé... Je veux que tu reste éveillée jusqu'à ce que je revienne ! D'accord ? »
- « Si tu veux, oui... »
Avec un sourire forcé, il se jette sur sa moto et me rassure avant d'enfiler son casque.
- « Promis, je ne serai pas long ! »

Au coucher du soleil, je résiste à la fatigue en jouant avec mes chiens, quand un bruit familier me fait lever la tête.
- « Jeff ! »
- « Tu vois, j'ai été rapide, j'ai tenu ma promesse... et regarde, j'ai un cadeau pour toi ! »
- « Qu'est-ce que c'est ? »
- « Un attrape-rêves. Je l'ai fait avec des plumes assez spéciales, et il va t'aider à dormir en sécurité. D'ailleurs, je crois qu'il est temps pour toi de prendre un peu de repos, non ? »
Il a raison, je tombe littéralement sur place. Je me débarbouille rapidement, et quand je rentre dans ma chambre, prête à me mettre au lit, je vois Jeff en train d'y suspendre son œuvre. C'est un très bel objet, d'un blanc immaculé, et dont les perles brillent à travers les derniers rayons de soleil qui percent entre mes volets.
- « Il était temps que tu dorme je crois, tu as l'air à bout de forces ! »
- « Tu m'étonnes, çà fait trois nuits que je dors deux ou trois heurs à peine... »
- « A ce point ? Mais... Ils allaient jusqu'où tes cauchemars, dis-moi ? »
- « Ah, et bien, le dernier était vachement sympa ! Je sentais carrément les dents de ces horreurs me dévorer ! Je me suis même fait des traces, regarde ! »
Quand je remonte les manches de mon pyjama, Jeff en a les larmes aux yeux et il m'attrape fermement pour me serrer dans ses bras.
- « Ah... »
Dans son soupir, il lâche quelques larmes qui coulent dans mon cou, çà me fait chaud au cœur qu'il s'inquiète autant pour moi.
- « Eh bien ma princesse, il était temps que j'intervienne ! Allez, au lit ! Je vais te raconter une histoire ! »
- « Ah bon, laquelle ? »
- « Celle d'Iktomi l'araignée, et des capteurs de rêves... »
C'est la première fois depuis longtemps que Jeff est là pour veiller à ce que je trouve le sommeil, mais j'ai encore peur d'y céder. J'aimerais être sûre que son cadeau soit efficace, quitte à ne pas rêver. Ceci-dit, c'est agréable de poser ma tête contre lui, en écoutant son récit...
- « Il y a longtemps, lorsque le monde était jeune, un vieux Sioux du Lakota, dirigeant Spirituel, était sur une haute montagne et eut une vision. Dans sa vision, Iktomi, le grand professeur de sagesse, paru sous la forme d'une araignée. Iktomi s'adressait à lui dans une langue sacrée que seuls les dirigeants spirituels du Lakota pouvaient comprendre. Pendant qu'il parlait, Iktomi l'araignée, prenait un cerceau de saule avec des plumes, de la chevelure d'un cheval et des perles, et ainsi il commençait à tournoyer et à tisser une toile. Il parlait au saule des cycles de la vie... et de quelle manière ont commencé nos vies, d'abord comme nourrisson puis vient l'enfance et l'âge adulte. Enfin, nous allons vers la vieillesse où nous devons être soignés comme des nourrissons, complétant ainsi le cycle. Mais Iktomi dit pendant qu'il continuait à fabriquer sa toile : « Dans la vie , il y a beaucoup de forces, en bien et en mal. Si vous écoutez les forces du Bien, elles vous dirigeront dans la bonne direction. Mais si vous écoutez les forces négatives, elles vous blesseront et vous dirigeront dans la direction fausse. »
Il continuait : « Il y a beaucoup de forces de directions différentes qui peuvent aider ou interférer avec l'harmonie de la nature, et aussi avec le Grand Esprit et ses enseignements merveilleux ».
Il tissa sa toile de l'extérieur vers le centre. Quand Iktomi eut fini de parler, il donna au Sioux son travail et dit... « Vois , la toile est un cercle parfait mais il y a un trou dans le centre du cercle. Employez la toile pour vous aider ainsi que votre peuple à atteindre vos buts et à faire bon emploi des idées de votre peuple, rêves et visions. Si vous croyez dans le Grand Esprit, la toile attrapera vos bonnes idées et les mauvaises seront dirigées dans le trou du néant ».
Le Sioux refit le même objet qu'il avait vu dans sa vision et le donna à la tribu. Maintenant , les Sioux et les Indiens emploient le " Dream Catcher " comme toile de leur vie . Il est pendu au-dessus de leurs lits ou dans leur logement pour purifier rêves et visions. Les forces du Bien de leurs rêves sont capturées dans la toile de vie et de cette façon , ils pourront en profiter ... et les forces du mal sont captées et éjectées par le trou dans le centre de la toile . La légende du Dream Catcher détient le Destin de l'avenir et procure protection... »

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