samedi 24 octobre 2015

Roman, "Kaïla" partie 27

 


- « Sensei ? Votre ami est arrivé ! »
- « Bien, allons l'accueillir tous ensemble ! »
Le garçon qui nous a interrompus me fixe sérieusement tandis que nous passons devant lui, ce qui me met mal à l'aise.
- « Bonjour... »
- « Mademoiselle ! »
Il salue Jeff par un mouvement de tête léger, qui lui répond avec sérieux, tout en restant posté dans mon dos.
- « Hori-san, mon ami ! Enfin vous voilà parmi nous ! »
L'ami du professeur semble avoir le même âge que lui, et les deux hommes se saluent aussi chaleureusement que peuvent le faire des japonais de cette génération très pudique, se serrant les deux mains tout en s'inclinant humblement.
- « Mon ami, laissez-moi vous présenter mon meilleur élève, Jean-François, ainsi que la jeune Amy Bright qui nous fait l'honneur d'être parmi nous aujourd'hui. »
- « Bright ? »
Le vieil homme semble interloqué par mon nom de famille... eh oui mon vieux, désolée mais je suis une pure étrangère... je ne fais pas partie du clan ! Un silence semble vouloir s'installer, mais il est vite rompu par un Kazuma enjoué.
- « Mes enfants, je vous présente mon vieil ami, Yasuo Hori, professeur de langues à la retraite, et célèbre militant pour la paix au Japon. »
- « Hajime mashite ! Enchantée monsieur Yasuo ! »
- « Hajime mashite, Amy-san ! »
Ma nouvelle connaissance semble apprécier que je sache me présenter à lui dans sa langue, car un joli sourire se dessine sur son visage.
- « Mimi, Yasuo est son prénom, tu viens de te montrer très familière... »
- « Oh, mince ! SUMIMASEN ! PARDON ! Je ne savais pas... »
Les trois hommes restent interdits pendant quelques secondes, avant d'éclater de rire tous ensemble, tandis que je m'efforce de rafraîchir mon visage qui change rapidement de couleur... l'ambiance est maintenant parfaitement détendue.

- « Jeff, si tu continue de rigoler je vais t'appeler Jean-François, attention ! »
- « Tu peux mimi, çà ne me gêne pas ! »
Encore ce petit sourire en coin... Ah, il peut bien se moquer un peu après tout, si çà me permet de voir ce joli visage...
- « Je ne me moque pas de toi mimi, je t'assure. Tu es adorable, c'est tout. »
Adorable ? Venant de lui, ce compliment semble prendre tout son sens.
- « Ton prénom, c'est ta mère qui l'avait choisi ? »
- « Oui, et c'est tout ce qu'il me reste d'elle. Mon père est resté fidèle à son souhait, quand elle est morte en me mettant au monde. »
Il a perdu sa mère à la naissance, son père est mort au combat quand il avait 5 ans, et il a été élevé à la dure par un vieux professeur qui a consacré sa vie aux arts martiaux... la vie de Jeff est loin d'être aussi facile que la mienne, j'ai honte maintenant de toutes les fois où j'ai cherché à me réconforter dans ses bras, alors que c'est lui qui a le plus besoin de gentillesse !
Une main chaude se pose doucement sur la mienne, à l'abri des regards sous la table basse du salon japonais. Les deux hommes de 75 ans ne font plus attention à nous.
- « Tout va bien pour moi princesse, ne t'inquiète pas... »
Comment fait-il pour toujours dire ce que j'ai besoin d'entendre ? On dirait qu'il lit en moi comme dans un livre ouvert...
- « Bien ! Mon garçon, veux-tu bien venir m'aider à préparer le thé pour nos invités ? »
La question de Kazuma ne semble pas en être une, et mon prince comprend de suite qu'il doit le suivre sans rechigner. Il avait raison quand il disait à Adam que nous étions deux esprits libres et indomptables... çà me ferait bouillir de devoir toujours obéir à quelqu'un au doigt et à l'œil, mais lui çà n'a pas l'air de le gêner. C'est certainement l'éducation martiale qui veut çà...
- « Amy-san ? »
L'homme de paix me sort avec douceur de mes pensées.
- « Euh... Oui ! Euh... Ai ! »
- « Tu n'es pas obligée de parler japonais, Amy-san. Je comprend très bien ta langue. »
- « Ah, oui bien sûr ! Pardon... »
C'est vrai qu'il est professeur de langues à la retraite... à son âge il a sûrement eu le temps d'en apprendre plusieurs...
- « Excusez-moi, je peux vous demander combien de langues vous parlez ? »
- « Quelques-unes Amy-san, mais ma préférée reste l'espéranto. »
- « Ah oui, j'en ai entendu parler je crois... C'était la langue que parlaient les hippies c'est çà ? »
- « Les hippies ? »
- « Oui, dans les années 1970, je sais que ma grand-mère en était une dans sa jeunesse... »
- « Ah ? Eh bien, je ne sais pas si les « hippies » parlaient espéranto, mais en tout cas c'est une langue qui a été crée bien avant çà. »
- « Comment çà crée ? »
- « Un enfant comme toi, il y a plus de cent ans, a fait le rêve que tous les peuples soient frères, et que le monde ressemble à un grand village, sans frontières. Pour cela, il a eu l'idée de mélanger une quinzaine de langues, les plus parlées autour de lui à son époque, et de n'en faire plus qu'une, très facile à apprendre et à manipuler, afin qu'il n'y ai plus de problème de communication, et que tous les conflits soient abolis. »
- « C'est un joli rêve... dommage qu'il n'ait pas réussit ! »
- « Je ne dirais pas exactement cela... Il y a encore des guerres, en effet, mais des millions de gens à travers le monde utilisent cette langue comme un cadeau, et communiquent entre eux, pour le partage des idées, et pour la paix. »
- « Vous-même, vous militez pour la paix, c'est çà ? »
- « C'est exact, je me bats pour que mon pays, devenu un modèle d'antimilitarisme depuis la seconde guerre mondiale, ne reprenne pas sa place au sein des conflits internationaux. Je refuse que les générations futures soient à leur tour enrôlées pour combattre, que leurs esprits libres soient conditionnés à l'idéalisation d'un état militaire et d'un empereur prétendument désigné par les dieux. La haine aveugle et collective n'est pas une matière noble pour bâtir un avenir sûr et sain. »
- « Vous dites que votre pays est un modèle de paix, c'est çà ? »
- « Oui, nous n'avons plus le droit de nous battre, ni de posséder l'arme nucléaire d'ailleurs, et de nos jours c'est de loin la question que devraient se poser tous les états. Nous avons connu de nombreuses catastrophes nucléaires, alors que nous ne sommes qu'un petit territoire... nous connaissons les ravages que causent de telles explosions, ainsi que la pollution radioactive qu'elles laissent derrière elles. C'est pour cela que selon moi, mon pays est en devoir de se poster en exemple pour l'humanité entière, plutôt que de vouloir se réarmer et sombrer avec les autres dans une folie autodestructrice. »
- « Votre pays est un beau pays, pour servir de symbole de paix. »
- « Qui d'autre pourrait mieux jouer ce rôle, que le pays du soleil levant ? »
- « Hmmm... c'est vrai que comme symbole d'espoir, on ne fait pas mieux que la lueur d'un jour nouveau... »
- « Exactement Amy-san ! »
Le sourire de ce vieil homme a quelque chose d'apaisant, comme celui de Kazuma. En parlant de lui, çà fait un moment qu'ils sont parti à la cuisine, Jeff et lui... je ferais mieux d'aller voir s'ils n'ont pas besoin d'aide.
- « Veuillez m'excuser, je vais voir s'ils n'ont pas besoin de moi à la cuisine... »
Une inclinaison de la tête m'invite à me lever sans scrupules, mais je dois dérouiller un peu mes jambes, endolories d'être restées longtemps pliées, avant de me diriger vers le fond du couloir.
La discussion semble être animée autour de la préparation du thé, si bien que je m'avance discrètement pour ne pas les déranger... mais arrivée près de la porte, mes pieds s'arrêtent net, au bruit d'une conversation que je n'aurais certainement jamais du surprendre...
- « C'est ton rôle mon garçon ! »
- « Mais... Sensei... c'est trop tôt ! Elle est trop jeune ! Elle n'est pas prête ! »
- « Il le faudra, pourtant ! Parce qu'ils sont là, ils sont nombreux, et prêts à attaquer ! »

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire