lundi 18 janvier 2016

KAÏLA, chap 2 partie 8



- « Tu connais ce garçon ? »
- « Oui, c'est un ami... »
- « Bon écoute, ça ne te dérange pas dans ce cas que je te laisse avec lui ? Je vais aller chercher tes camarades pour être sûre qu'ils trouvent tous le chemin... »
- « Oui... bien sûr. Pas de problème ! »
- « Très bien, à tout de suite alors ! »
Enfin seule avec lui, je ne sais si je dois m'approcher de Jeff ou le laisser seul, quand d'un coup il relève la tête, les yeux à demi clos.
- « Amy ? »
- « Euh... oui. Comment ça va depuis tout à l'heure ? »
- « Très bien, princesse. Merci »
- « Tu sais que c'est devant mon dessin que tu es tombé en extase ? Hé hé ! »
A la fois fière de moi et mal à l'aise devant sa posture, je tente d'alléger un peu l'ambiance avec un brin d'humour.
- « Oui, je sais qu'il s'agit de ton œuvre mimi, et je la trouve magnifique ! »
Il se relève avec souplesse, et se dirige vers moi avec sa grâce habituelle, pour prendre délicatement mon menton entre ses doigts.
- « Tu as fait un très beau travail Amy. C'est très ressemblant, bravo ! »
- « Je... »
Je ne sais pas quoi dire. Son regard, différent de d'habitude, me trouble jusqu'aux os. Son air fort et déterminé me fait fondre, comme du beurre au soleil. J'ai tout d'un coup l'envie de m'en remettre à lui corps et âme, comme Juliette à son Roméo.
Détournant le regard vers la fenêtre près de nous, il change l'expression de son visage avant de caresser mes cheveux avec nonchalance, comme on donne de la tendresse à un enfant en bas âge. Ses changements d'humeur sont parfois difficiles à comprendre.
- « Désolé mimi, je... il faut que j'y aille ! »
- « Non, attend ! »
Je le retiens par le bras, et suis obligée de contourner son corps crispé pour pouvoir me retrouver face à lui.
- « Est-ce que j'ai dit ou fait quelque chose ? »
Il soupire sans me regarder dans les yeux.
- « Jeff ? Répond-moi s'il-te-plaît... je ne sais jamais à quoi tu penses... »
- « Je... je ne peux pas faire, ni éprouver ce que je veux ! Amy, je te connais depuis toujours, et... je t'adore, tu le sais ! »
- « Mais ? »
- « Mais... je dois veiller sur toi. Comme un grand frère, tu comprends ? »
- « Jeff, j'ai déjà un grand frère, je te signale ! »
- « Oui je sais, ma belle ! Ecoute, il faut que j'y aille. On se retrouve à la sortie dans une heure, d'accord ? »
Sans me laisser le temps de lui répondre, il s'esquive vers le lycée tandis que Lili arrive en tête de mes camarades de classe, qui s'extasient bruyamment devant l'étalage de leurs talents.
- « Amy ? Ton ami n'est pas resté ? »
- « Euh... non. Il devait sûrement retourner en cours lui aussi. »
- « Bien sûr. Tu sais, c'est ton dessin qui m'a donné l'envie d'installer cette expo. Ces yeux de loup sont vraiment magnifiques ! »
Comme elle admire mon travail, un grand sourire aux lèvres, tout en me frottant les épaules avec énergie, je ne peux rester dans la lune plus longtemps, et accueille les éloges qui me sont faites çà et là, avec plaisir.

A la fin du cours, ou plutôt de l'exposition surprise, j'aide Lili à ranger les gobelets en carton et les restes de gâteaux qu'elle nous a gentiment offerts en guise de goûter de fin d'année, puis je profite que nous soyons seules toutes les deux pour la serrer dans mes bras.
- « Merci. Pour l'expo, et pour tout le reste. »
Emue, elle me rend mon étreinte en posant son sac bariolé au sol.
- « Merci à toi Amy, pour ton enthousiasme et ton talent. J'apprécie tous mes élèves, mais j'ai une préférence pour ceux qui présentent, disons, une certaine singularité ! Tu n'es pas comme tout le monde, et crois-moi, tu peux en faire une force ! Je dirais même que tu le dois ! »
Me tenant par les épaules à bout de bras, elle m'entraîne avec elle dans un éclat de rire qui ressemble à un véritable rayon de soleil, puis nous prenons ensemble le chemin de la sortie.
- « Au revoir Amy, et à l'année prochaine ! »
- « Oui... »
- « Tâche de passer de bonnes vacances ! »
- « Merci, euh... vous aussi ! »
Je me trouve bête de ne pas vraiment savoir quoi lui dire, mais quand elle me fait un clin d'œil, je me sens pardonnée.
- « Te voilà enfin petite ? T'en as mis du temps ! »
- « Ah, oui, pardon ! Vous m'attendez depuis longtemps ? »
- « Non, mimi. Ton frère te taquine ! »
- « Hop hop hop ! Ne parle pas à ma place mec ! Allez la naine, en selle ! »
Oulà, Adam est peut-être vraiment fâché pour ressortir ses noms d'oiseaux...
- « Adam ! »
Je crie dans mon casque pour être sûre qu'il m'entende, dès le premier feu rouge, et lui fais signe de s'arrêter à une boulangerie.
- « Merci. Pour me faire pardonner de vous avoir fait attendre, je nous offre le goûter, d'accord ? »
- « Mais... tu ne viens pas justement de bouffer, toi ? J'ai vu ta prof emmener des restes tout à l'heure... je suis sûr que vous avez fait une véritable orgie ! »
- « Ben, disons que l'appétit vient en mangeant ! Et j'ai eu envie de chocolat toute la journée à cause de l'odeur qui venait de l'usine... »
- « Ok, ok... fais comme tu veux ! Mais ne viens pas te plaindre après si tu as un gros bide ! »
- « Pfff ! »
Je laisse mes deux motards se faire des sourires en coin pour aller dévaliser ce qu'il reste de pains au chocolat dans la vitrine à moitié vide.
- « C'est bon, on peut y aller ! »
Contente de voir l'effet de mon cadeau sur leurs visages affamés, je remonte en selle, direction la maison.

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