lundi 26 septembre 2016

KAÏLA tome 2... Un début prometteur...

Allez, 

je vais être sympa et vous donner quelques pages de plus du début du tome 2 :)

bonne lecture à tous, et n'hésitez pas à me laisser vos commentaires ;)

 

 

Un silence total semble régner dans la demeure Mimasu lorsque je pose un pied à terre. Il doit être tard, mais je ne vois l’heure nulle part. Le parquet grince légèrement sous le poids de mon nouveau corps quand je me décide à me lever, mais aucun bruit ne lui fait écho. J’imagine que tout le monde doit dormir. Jeff m’a dit qu’il resterait en bas si j’avais besoin de lui, alors je sais que j’aurai quelqu’un à qui raconter ce que je viens de voir en rêve. La porte coulissante glisse dans son rail, et une lumière douce et diffuse éclaire les marches depuis une petite fenêtre ronde, à mi-chemin, sur le palier. Ma main glisse lentement le long de la rambarde, et je laisse mes pieds m’amener en douceur jusqu’au rez-de-chaussée, où un vent frais circule à travers le couloir. Me retrouver seule dans ce lieu en pleine nuit me procure une sensation étrange, qui me fait douter de mon état d’éveil, mais une piqûre de moustique m’assure que mon corps est bien fait de chair, et qu’il est d’une sensibilité à fleur de peau.
         -« Jeff ? Tu es là ? »
N’osant pas élever la voix davantage pour le réveiller, craignant d'ameuter tous les membres de la maisonnée je me décide à visiter chaque pièce, à la recherche de mon plus fidèle protecteur. Cependant, les portes qui coulissent facilement ne s’ouvrent que sur des pièces vides, à peine éclairées par la lueur de la nuit filtrant au travers de portes fines, couvertes de papier de riz. Outre la cuisine où nous avions rapporté des paniers remplis de fruits charnus, je ne rencontre que des chambres vides au sol couvert de tatamis et aux murs sobrement décorés, dont une faisant office de salon. Je me souviens de ce jour où j’y ai discuté avec cet homme de paix japonais, un vieil ami du Professeur Kazuma…
Craaac !
         -« Qui… qui est là ? »
Perdue dans mes souvenirs, je ne me suis pas rendue compte que je n’étais plus seule, et mon cœur bat encore d’avoir sursauté en entendant grincer les vieilles planches de bois.
         -« Jeff ? C’est toi ? »
Personne dans le couloir… ce petit jeu commence à être énervant ! Je croyais qu’il devait rester en bas toute la nuit au cas où j’aurais eu besoin de lui… serait-il moins honnête envers Kaïla qu’il ne l’était avec la petite Amy ? Plus je m’approche du jardin et plus je distingue ce qui m’entoure, guidée par des rayons de lune traversant des fenêtres ouvertes… mais les seuls bruits qui me parviennent à présent ne sont que des mélodies nocturnes. Le chant des grillons se mêle à celui des grenouilles qui pataugent dans le petit bassin, offrant une musique pour accompagner la danse discrète des chauves-souris. N’ayant trouvé personne à l’intérieur, et me sentant incapable de me recoucher dans une pareille atmosphère, je me décide à explorer les lieux en espérant rencontrer une âme qui vive.
         -« Ne m’en veuillez pas les amis, mais j’ai besoin de parler à un humain… »
Les musiciens, loin de se soucier de mon manque de considération à leur égard, continuent gentiment leur concert nocturne, donnant au moins une ambiance plus chaleureuse à la demeure déserte. Sans savoir pourquoi, je pose mes pieds sur les « pas japonais », préférant la discrétion de ces pavés de pierre plate aux gravillons qui trahiraient ma présence et ma position à chaque pas… comme si l’instinct de Kaïla était toujours autant aux aguets que pendant notre dernière bataille. Est-ce qu’il en sera toujours ainsi maintenant ? Je devrai vivre en état d’alerte permanente sans plus connaître l’insouciance ? Montant à nouveau sur une terrasse de bois, je tente de me détendre et de savourer la quiétude des lieux.
         -« Tous ces monstres dans la ville, ce n’était peut-être qu’un simple cauchemar après tout… et puis, il ne peut rien m’arriver ici ! Pourquoi est-ce que je m’inquiète autant ? T’es vraiment bête ma pauvre fille… tu vas attendre toute ta vie que Jeff soit là pour te rassurer ? Mais grandis un peu, tu n’as plus 11 ans ! »
Mes bras se balancent autour de moi dans un monologue théâtral tandis que j’essaie de ma résonner, longeant des bâtiments de plus en plus éloignés de la maison du Professeur, jusqu’à ce qu’une main fantomatique sortie de nulle part s’empare de mon poignet !
         -« Kami… sama… »
Je ne comprends pas ce qui m’arrive ! Paralysée par le peur, j’entends cette voix semblant sortir d’outre tombe traverser ma peau et ma chair, pénétrant jusqu’à mes os telle une onde électrique. Je souffre sans pouvoir bouger, rongée de l’intérieur depuis mon poignet fermement maintenu par des doigts squelettiques, jusqu’au plus profond de mon cœur qui se serre sous le poids d’un sentiment douloureux… comme une torture. Mais pourquoi je ne peux pas bouger ? Pourquoi l’âme de Kaïla qui était encore sur le qui vive il y a à peine quelques minutes, n’est plus capable de me défendre, ni même de retirer ma main de cette emprise pourtant maigre ?
         -« Otosan ! »
Sans même que j’aie le temps de réagir ni de dire un mot, un jeune homme apparait brusquement pour me libérer de mon bourreau, faisant s’ouvrir le panneau de bois au moment où il lui empoigne le bras. Un vieil homme japonais au regard vitreux et au teint livide me fixe à s’en faire exploser les orbites, sa mâchoire édentée pendant sous le poids de ces simples mots qu’il répète en boucle.
         -« Kami…sama… »
Kami ça veut dire « Dieu » il me semble, mais je n’arrive même pas à lui répondre tant son image me perturbe. Je sais bien que j’abrite en moi l’âme d’une déesse, mais voir ce vieux fou me fixer comme ça en laissant couler des filets de bave me fait vraiment flipper !
         -« Tu ne devrais pas être ici. Je vais te ramener à ta chambre. »
Refermant la porte derrière lui, sans même se préoccuper des supplications du vieil homme, mon sauveur s’empare de mon coude et me fait faire demi-tour.
         -« Ne t’approche plus de cette chambre, cela vaudra mieux pour toi… comme pour lui. »
         -« Je…quoi ? Mais… qui est-ce ? »
Les mots sortent maladroitement de ma bouche au fur et à mesure que mon esprit se réveille.
         -« Tu n’as aucun besoin de le savoir. »
Quelle brutalité… et quelle froideur ! Mais… il me semble avoir déjà vu ce visage ? J’y suis, c’est ce garçon qui était dans la cuisine le jour où j’ai rencontré l’ami du Professeur. Son regard est toujours le même, à la fois sérieux et intriguant.
         -« Enfin ! Tu es là ! »
         -« Jeff ? Mais… »
         -« Je t’ai cherchée partout quand j’ai senti que tu n’étais pas dans ton lit. Tu m’as encore fait une de ces peurs ! »
         -« Justement, je la raccompagnais à sa chambre. »
         -« Merci Hatori. Je m’occupe d’elle maintenant. »
         -« Bien. Mais apprend-lui à rester tranquille, je ne veux plus qu’elle s’approche d’ici. »
Sans lui répondre, Jeff se contente de me tenir fermement dans ses bras tout en fixant l’autre garçon d’un regard froid.
         -« C’est un homme, tu sais ? Pas un garçon. Il a le double de mon âge ! »
         -« Vraiment ? Mais… eh, mais comment sais-tu… »
         -« Tu es dans un tel état de faiblesse que j’arrive à lire en toi sans difficulté. »
         -« Je vois. C’est vrai que j’étais paralysée… mais je n’arrive pas à savoir pourquoi. »
         -« Je n’ai pas d’explication à te donner, mais tout ce que je sais c’est qu’il vaut mieux que tu reste loin d’Hatori et de son père. »
         -« Son père ? Ah mais oui… Otosan ça veut dire père ! C’est dingue, j’ai l’impression d’avoir eu l’esprit complètement endormi ! »
         -« Ce qui est sûr, c’est que le vieux Kuréno est en quelque sorte maudit. Hatori et lui ne font pas vraiment partie des nôtres. Malgré tout, ils occupent une position élevée au sein de notre famille, ce qui fait qu’on doit les respecter sans jamais poser de questions. »
         -« Mais je croyais que vous pouviez lire dans les esprits ? »
         -« Pas dans les leurs. Et le Professeur est en mesure de bloquer certaines parties de ses connaissances, ce qui fait qu’aucun de nous ne peut en savoir plus sur le mystère qui les lie tous les trois. »
         -« Un mystère, tu dis ? »
         -« Ouais, un vieux secret de famille en somme. Allez viens, il faut dormir. »
         -« Justement, si je me suis levée c’était pour vous raconter un mauvais rêve que j’ai fait. J’avais peur qu’il soit prémonitoire. »
Tourné vers moi, le regard tendre et attentif, mon protecteur m’offre soudain un sourire un peu triste.
         -« Ton esprit a vite repris des forces, on dirait. Je ne peux déjà plus lire en toi. Il va falloir que tu nous raconte tout. »
         -« Ok, mais toi ? Comment ça se fait que tu n’étais pas en bas quand je te cherchais ? Et pourquoi il n’y avait personne d’autres que ces deux bizarres dans les parages ? »
         -« Nous étions partis en chasse, pour être sûrs qu’aucun ennemi ne rôdait sur notre territoire. Je suis désolé, j’étais persuadé que tu allais dormir au moins une heure ou deux, et que j’aurais le temps de rentrer avant que tu n’ouvre les yeux. »
         -« Mouais, c’est bon, c’est pas grave. Mais la prochaine fois je préfère que tu me dises clairement que tu vas chasser un moment au lieu de me promettre de m’attendre en bas sagement. »
Ses paumes, toujours aussi douces et chaudes, se calent tendrement autour de mon visage avant de me susurrer…
         -« Je te le promets. »
Mes yeux se ferment tandis que mes mains se posent sur les siennes, savourant l’intimité de cet instant.
         -« Jean-François, il est temps de renter, mon garçon. »
Le Professeur Kazuma a brisé la magie de l’instant, mais heureusement rien ne pourrait rompre le lien qui me connecte à mon protecteur. Nous retournons main dans la main vers la maison du vieil homme, et je leur raconte enfin tout ce que j’ai vu en rêve, les nuages épais, les milliers d’oiseaux qui descendent sur les toits de la ville, et les métamorphes qui marchent dans la rue juste devant la demeure Mimasu… avant de me regarder à travers le trou de la serrure.
         -« Bien, merci d’avoir partagé tes visions avec nous, mon enfant. Nous allons continuer nos rondes autour de la demeure, et sur tout notre territoire. Si l’un de ces animaux s’approche, nous saurons le repousser. »
         -« S’il est tout seul, d’accord. Mais s’ils arrivent vraiment par milliers ? Vous vous sentez capables de les battre ? Pensez-vous être assez nombreux pour ça ? »
         -« Malheureusement, non. C’est pour cela que nous comptons beaucoup sur toi, ainsi que sur tes nouveaux pouvoirs. De plus, nous avons des amis sur la Montagne Sacrée. Ils nous ont aidés à revenir ici quand tu as eu besoin de soins, alors j’imagine qu’ils seront toujours là pour t’aider. »
         -« Je l’espère, Professeur. Je l’espère… »
         -« Bien. Kaïla, je crois qu’il est temps pour toi de dormir un peu, maintenant. Viens, je te ramène à ta chambre. »
         -« Oui, Jeff. Tu as raison. Merci de m’avoir écoutée, Professeur, et bonne nuit. »
         -« Oyasuminasai, Kaïla-sama. »
Je remonte les escaliers qui mènent au premier étage en suivant Jeff dans la lueur légère de la nuit. La porte coulissante s’ouvre alors sur une pièce dont je n’avais pas encore remarqué l’ampleur… ni le vide. Il semble qu’elle couvre toute la surface de la maison, mais ne semble contenir pour seuls meubles que le lit deux places dans le coin tout à droite, calé sous une des fenêtres qui couvrent tout le mur du fond, ainsi que mon précieux bokken installé sur un support mural tel un sabre de samouraï.
         -« Kaïla ? »
         -« Hum ? »
         -« Tu avais l’air perdue dans tes pensées. Tout va bien ? »
         -« Oui. Je me disais simplement qu’il n’y avait pas beaucoup de meubles ici. S’il s’agit de la chambre d’amis du Professeur, j’imagine qu’il n’a pas souvent de visiteurs… »
         -« Cette maison n’est pas la sienne, tu sais ? Il ne l’utilisait pour nous recevoir que parce qu’elle était inoccupée et qu’il en prenait soin, mais c’est la tienne à présent. »
         -« La mienne ? »
         -« Oui. Nous avons ces appartements prévus ici comme nous avons la chambre dans le Sanctuaire… au cas où Kaïla et Amarok auraient besoin d’être accueillis. »
         -« Vraiment ? »
Je fais le tour de l’espace vide, ressentant soudain une profonde solitude monter en moi. Seule dans une maison… même si Jeff et les autres Mimasu ne sont pas loin… j’ai l’impression d’être abandonnée, livrée à mon sort, et déjà cédée aux bras d’un homme qui n’apparaîtra peut-être jamais. La pièce fait une sorte de « L », et je trouve un charmant bureau de l’autre côté de la cage d’escalier, placé sous une fenêtre qui donne sur le jardin zen et le bassin aux grenouilles. Une commode ouvragée mais apparemment vide me fait office de rangement sur la paroi du fond, près d’une porte…
         -« C’est une salle de bains… »
         -« Ah ? »
         -« Tu n’as pas l’air très emballée par cet endroit, mais nous pourrons l’aménager comme il te plaira. Nous y mettrons tous ce que tu avais dans ton ancienne chambre, si tu veux. »
         -« Tu veux dire, celle chez mes parents ? La chambre d’Amy ? »
         -« Oui. »
         -« C’est gentil mais je pense que ça ira. Je n’ai pas envie de retourner en arrière. Et puis, si j’avais simplement de la musique ici, je pourrais profiter de cette place pour danser autant que je veux… »
         -« Bien sûr. Nous t’installerons une chaîne hi-fi dès demain. »
         -« Merci. Alors, à part quelques vêtements, je n’aurai besoin de rien d’autre. »
         -« Tu auras tout ce qu’il te faut dans les tiroirs à ton réveil. Saku se charge de tout. »
         -« Ok, alors… j’imagine que je n’ai plus qu’à me recoucher ? »
         -« Je peux rester le temps que tu t’endormes, si tu veux ? »
         -« Avec plaisir. »
Ce n’est que maintenant que je baisse le regard sur les vêtements que je porte depuis mon réveil dans cette chambre. Mes préoccupations étaient telles que je n’avais même pas remarqué que me tenue de combat avait été remplacée par un charmant kimono léger. Je perçois également la fraîcheur de la nuit qui s’immisce par mes pieds nus et glacés, pour remonter le long de ma colonne vertébrale. La couette que Jeff ouvre en grand sur mon lit me tend littéralement les bras, et je me glisse dessous en savourant sa chaleur et son poids. Mon prince s’assoit près de moi, enfonçant son dos dans le tas d’oreillers, et j’en profite pour caler ma tête dans le creux de son épaule en entourant amoureusement son torse chaud et palpitant de mon bras fatigué. Je sens les vibrations du sang qui coule dans ses veines, pulser contre toutes les pores de ma peau, en parfaite harmonie avec mon propre rythme cardiaque. Tout mon être s’imprègne de lui, tandis qu’il dépose de doux baisers dans mes cheveux, me tenant fermement dans ses bras. Pas besoin d’attrape-rêves pour me protéger si je peux m’endormir contre l’homme que j’aime chaque soir.