lundi 5 décembre 2016

KAÏLA tome 2, partie 5









Malgré toute la tendresse que j’éprouve pour cette femme, je ressens un malaise qui me pousse à les quitter tous les deux et à sortir du bâtiment. Tant pis pour mes recherches et mon enquête, je crois que j’en ai assez fait pour aujourd’hui. J’aimerais que Jeff soit là pour me ramener à la maison et ne plus penser à rien pendant quelques temps… je voudrais simplement passer la soirée à me reposer et laisser mon esprit se vider de tout ce qu’il a accumulé dans la journée.
         -« Je t’en prie Jeff, entends-moi… »
Mes pieds sont lourds et mes jambes titubent à travers les nombreux couloirs. La sortie du collège étant fermée à clé, j’ai dû retourner sur mes pas pour trouver une issue à cette situation oppressante. Moi qui voulais tant pourvoir leur parler à nouveau… pourquoi ces retrouvailles me mettent-elles dans un tel état ? Les battements de mon cœur accélèrent et j’ai l’impression de les entendre résonner contre les murs lisses, dans le silence des couloirs déserts. Je suis bête ou quoi ? Pourquoi est-ce que je ressens de la peur tout à coup ? Personne ne va me faire du mal ici ! Mais à peine ai-je pensé ça, visant droit devant moi la lumière extérieure au travers des portes de sortie, que je découvre que le maître du lycée est revenu dans son château accompagné de son horrible ami, le vieil Hermano. Les deux hommes me coupent la route en sortant du bureau d’accueil, visiblement surpris eux aussi de ma présence. Les mains crochues du bibliothécaire s’empressent de cacher un livre dans son dos tandis que ses yeux me menacent d’un regard froid et tranchant. L’autre homme ne prend même pas la peine de me demander ce que je fais là, et ils me dévisagent tous les deux fixement sans desserrer leurs lèvres sèches.
         -« Pardon ! »
Je serre mon sac sur mon épaule comme la fois où j’étais sortie de la chambre de Tim, et me tourne légèrement sur le profil pour faire un pas entre eux. Préférant ne pas me retourner pour savoir s’ils me regardent m’éloigner, je remets mon corps en marche et me presse de franchir les portes de la liberté. L’air frais emplit mes poumons de grandes goulées jusqu’à ce que je retrouve une parfaite maîtrise de mon corps et de mon esprit, puis je m’éloigne rapidement dans l’intention de rentrer à pieds chez les Mimasu. C’était sans compter sur mes nouvelles capacités télépathiques, car mon carrosse à deux roues remonte la rue au moment où je m’apprêtais à la descendre. Je souris de plaisir et de soulagement en voyant mon chevalier se garer à mes pieds en me tendant mon casque, et sans un mot je m’agrippe à lui jusqu’à la demeure où nous rentrons sans attendre. Les grandes portes de bois s’ouvrent devant nous, et Jeff se dirige lentement vers le garage dont la porte se soulève pour nous laisser entrer. Dès que l’appareil se stabilise, mon prince retire son casque et m’aide à descendre.
         -« Tout va bien ? J’ai été surpris et inquiet d’entendre ton appel, et je t’avoue que j’ai été soulagé de te voir. Qu’est-ce qu’il s’est passé, dis-moi ? »
         -« Je suis désolée. Je ne sais pas vraiment, en réalité. J’ai d’abord suivi le directeur du lycée jusqu’à la bibliothèque du collège, et j’étais sur le point d’y entrer quand j’ai aperçu mon ami Tim. Je suis allé lui parler et très vite Mlle Bellange qui était ma prof de français est arrivée… »
         -« Oui ? Et après ? »
         -« Je ne sais pas… j’adore cette femme et son regard était plein d’une infinie tendresse, mais je me suis sentie très mal tout à coup quand elle a plongé son regard en moi. »
         -« Tu penses qu’elle t’as reconnue ? »
La voix de Jeff est devenue fébrile et il s’empare de mon menton pour m’obliger à le regarder dans les yeux pour lui donner une réponse sincère.
         -« Non, je ne pense pas… ce n’est pas ça. Mais c’était… je ne sais pas, bizarre. »
         -« Bon, n’y pensons plus pour l’instant, je tâcherai de m’approcher d’elle demain pour en avoir le cœur net. Pour l’instant j’ai quelque chose à te montrer qui devrait te changer les idées. »
Il m’entraîne avec lui jusqu’à notre nid d’amour et me fait lever les yeux vers le mur extérieur lorsque nous longeons la terrasse.
         -« Une nouvelle fenêtre ? »
         -« Oui, elle donne sur la cuisine. Comme ça tu ne te sentiras plus jamais prisonnière dans ta propre maison. »
         -« Merci Jeff, c’est adorable d’avoir tenu ta promesse. »
         -« Oh, je n’ai aucun mérite, je n’ai fait que transmettre le message aux ouvriers. »
         -« Alors, tu les remercieras de ma part, tu veux bien ? »
         -« C’est bon, tu viens de le faire. Ils sont déjà au courant. »
         -« Comment ça ? Tu veux dire que ce sont des Gardiens qui l’ont fait ? »
         -« Bien sûr. Personne d’autre ne pénètre ici je te rappelle. Et puis, nous sommes touts contents de pouvoir contribuer à ton bien-être ici. Je crois que les autres me jalousent un peu de pouvoir être si proche de toi, alors dès qu’ils ont l’occasion de te faire plaisir ils se disputent même la tâche à accomplir. »
         -« Oh ? Vraiment ? Je ne me pensais pas si célèbre… »
         -« Tu es notre déesse quand même, ne l’oublies pas. »
         -« Oui, enfin… disons que j’abrite son âme, ce n’est pas exactement pareil. »
         -« Pour nous si, car nous sentons sa présence. »
         -« C’est pour ça que le vieil homme est devenu fou en me voyant l’autre soir ? Il répétait Kamisama, kamisama… »
         -« Kuréno ? Ne t’inquiète pas pour lui, ça fait bien longtemps qu’il est dans cet état. A vrai dire je ne l’ai jamais vu autrement. Il paraît qu’il a sombré dans la folie un jour, et qu’en grandissant son fils est devenu le second du Professeur à sa place. »
         -« Son second ? »
         -« Oui. Son bras droit si tu préfères, son assistant, son secrétaire. Hatori est l’homme de confiance de Kazuma Senseï, il y a un lien particulier entre eux qu’aucun autre Gardien ne peut comprendre. »
         -« Vraiment ? Je croyais pourtant que c’était toi qui étais le plus proche du Professeur ? »
         -«  Moi je ne suis que son fils adoptif et son successeur.  Si Kazuma Senseï venait à disparaître je prendrais alors sa relève à la tête de la famille, mais je serais quand même secondé par Hatori. »
         -« Et tu connaîtrais alors leurs secrets ? »
         -« Peut-être… ou peut-être que le Professeur les amènera dans la tombe avec lui. Mais je n’ai pas envie d’aborder ce genre de sujet aujourd’hui. Ce soir c’est fête ! »
         -« La fête ? Mais on va fêter quoi ? »
         -« Nos anniversaires bien sûr ! Viens avec moi ! »
Sans lâcher ma main, il m’entraîne avec lui dans le couloir où diffuse un délicieux parfum de chocolat, et quand nous arrivons enfin dans la cuisine, j’ai la surprise de voir sur la table le même gâteau qu’il avait préparé chez mes parents un soir.

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