mercredi 30 août 2017

KAÏLA tome 2, partie 8



 

 

- « « Le Monde des Rêves et ses secrets » ? Qu’est-ce que c’est que ce bouquin ? »

         - « Oh, ça alors ! C’est un livre que j’avais découvert dans une vieille boîte de métal cachée derrière une trappe de bois à la bibliothèque du collège. Le vieux Hermano me l’avait arraché des mains et je n’avais pas vraiment compris pourquoi à l’époque… mais, tu crois qu’il parle du Monde des Rêves dans lequel j’étais et où j’ai dû me battre contre des monstres ? »

         - « On va vite le savoir ! »

Déposant le vieil ouvrage de tout son poids sur le bureau encombré de papiers, Jeff en soulève la couverture et nous révèle la page de garde.

         - « Il n’y a pas de nom d’auteur ? »

         - « Non, il y a juste cette signature : O.A.G. »

         - « O.A.G ? Qu’est-ce que c’est que ça ? »

         - « Jamais entendu parler, mais le Professeur aura peut-être son avis sur la question… »

Il tourne lentement quelques pages, révélant de somptueuses enluminures, mettant en valeur un magnifique travail d’écriture. Ces lettres si finement réalisées à la plume ressemblent à l’écriture que Mlle Bellange réussit à faire sur le tableau noir. Ce livre est une véritable œuvre d’art !

         - « Voyons un peu ce que ça dit : « Protéger les enfants des dangers qui les guettent ne sera pas chose facile, et il se peut que nous y perdions notre vitalité, mais s’il est un combat digne d’être mené, il s’agit bien de celui-là. » »

         - « J’ai du mal à croire que ces deux hommes soient là pour protéger qui que ce soit ! Qu’est-ce que ça dit plus loin ? »

         - « Nos ennemis rôdent autour de nos enfants depuis la nuit des temps. Passés maîtres dans l’art de se faire passer pour des sauveurs, des protecteurs, ils savent endormir la vigilance des parents pour leur retirer toute autorité sur leur progéniture, brisant le lien affectif qui donnent à nos enfants la force de se battre… »

Des voix nous alarment tout à coup. Le Proviseur est revenu et s’entretient avec sa secrétaire dans la pièce d’à côté. Rapide et précis dans ses mouvements, mon Gardien replace le livre dans le coffre et réussit à remettre l’étagère en place juste avant que la poignée de la porte ne tourne sur elle-même. Il me prend alors par le poignet et me fait baisser la tête sous le bureau, heureusement juste assez large pour nous contenir tous les deux. Un doigt placé sur mes lèvres, et son autre main plaquée contre ma poitrine pour contrôler les battements de mon cœur, il réussit à ramener le calme en moi tandis que l’homme remue ses papiers, juste au-dessus de nos têtes. La chance nous abandonne cependant lorsqu’il décide d’ouvrir sa cachette pour en extraire son précis trésor et l’emporte avec lui, sans avoir je l’espère repéré notre présence.

         - « Ouf… »

         - « Comme tu dis, nous l’avons échappé belle ! »

         - « Mais pourquoi tu ne l’as pas simplement laissé entrer pour lui effacer la mémoire comme à sa secrétaire ? On aurait pu repartir avec le livre sans aucun problème ! »

         - « Tout simplement parce que cet homme n’a rien de banal. »

         - « Qu’est-ce que tu veux dire ? Est-ce que tu as compris ce que signifiait ce livre ? »

         - « Hein ? Non, mais je n’avais aucun accès à ses pensées quand il était dans la pièce à côté, et je ne l’ai même pas entendu arriver. Une personne normale, même si son esprit n’est pas lisible, a au moins une espèce de bruit de fond que l’on peut capter… mais pas lui. »

         - « Il est peut-être doué pour faire le vide dans son esprit ? »

         - « Peut-être… mais ce livre est quand même étrange, et si nous avons de nouveaux ennemis à combattre, j’aime autant être sûrs que nous ne nous fassions pas repérer. Imagine un instant qu’il ait été insensible à mes pouvoirs d’hypnose ? Je n’allais pas me transformer pour dévorer un humain sans savoir de quoi il en retourne, quand même ? »

         - « Bien sûr, oui. Alors on fait quoi maintenant ? »

         - « Laisse moi une minute pour envoyer une information claire à tout le clan, et nous irons ensuite vérifier les yeux du Principal. Nous ne devons pas oublier notre mission première… même si ce livre est assez mystérieux pour que l’on fasse des recherches approfondies sur le sujet ! »

         - « Plutôt que des recherches, je serais d’avis de le leur piquer tout simplement ! Mais… je croyais que toi et les autres Gardiens étiez liés en permanence par la pensée, alors qu’est-ce que tu as de plus à leur dire ? »

         - « Et bien… »

Son air gêné me fait rougir sans que je sache pourquoi, et j’admire son profil pendant les quelques secondes durant lesquelles son regard se perd au travers de la fenêtre… jusqu’à ce qu’il tourne ses yeux tendres vers moi.

         - « En fait, j’ai disons… appris malgré moi à brouiller mes pensées ces derniers temps, un peu comme le fait le Professeur. Au début je n’avais pas vraiment conscience que les autres ne percevaient pas tout de mon esprit, et quand je l’ai su j’ai essayé petit à petit de développer la chose… »

         - « Mais, ce n’est pas… contre vos lois, ou quelque chose comme ça ? »

         - « En théorie, pour un Gardien ordinaire, oui. Mais comme je suis destiné à remplacer un jour le Professeur, il est toléré par nos lois que ce pouvoir grandisse en moi jusqu’à ce que je sois capable de le maîtriser. »

         - « Mais pourquoi ? Est-ce que le chef de famille a forcément des secrets à garder ? Attends, est-ce que ça veut dire que tu seras mis au courant de tous leurs secrets ? »

         - « Tous, je ne sais pas… mais… »

         - « Jeff ? Est-ce que tu sais quelque chose que je devrais savoir moi aussi ? »

         - « Non. Non, je ne crois pas. Pourquoi tu me demandes ça ? »

         - « Parce que… j’ai entendu le Professeur et Hatori parler de nous l’autre nuit. Enfin, ils parlaient de la déesse en tout cas, et Hatori voulait m’entraîner à ta place si j’ai bien compris. Ils disaient que j’étais dangereuse pour toi ! Jeff… dis-le moi, je t’en prie ! Est-ce que c’est vrai ? Est-ce que je pourrais te faire du mal ? »

Son regard, toujours aussi tendre, ne se fronce même plus au simple nom de celui qui l’énervait tant hier encore. Je frappe mollement des poings contre sa poitrine, et finis par étouffer contre son pull des larmes trop lourdes pour les garder enfermées en moi plus longtemps.

         - « Calme-toi Kaïla… je sais que tu ne me feras jamais de mal intentionnellement. Je sais aussi… que les histoires passées ne conditionnent pas forcément ce que nous sommes aujourd’hui, mais… »

         - « Mais quoi ? Quoi ? Dis-le ! Dis-moi tout ! »

         - « Ecoute, hier je… je ne savais pas tout ce que je sais aujourd’hui. »

         - « Est-ce que… c’est à cause de moi ? De mon corps qui change ? Ou parce que je ne suis pas encore assez mâture malgré ce corps ? Mais si tu me laisses un peu de temps je pourrai rattraper mon retard, et… et tu oublieras même la petite fille que j’étais, tu verras ! »

         - « Jamais. »

         - « Quoi ? »

         - « Jamais je ne pourrai oublier celle que tu étais. Celle que tu es. Celle que j’ai vu grandir… »

         - « Mais alors quoi ? Tu ne me verras toujours que comme une enfant, c’est ça ? »

         - « Non, ça n’a rien à voir avec ça, je t’assure ! »

         - « Alors quoi ? »

         - « Pfff… »

Son regard se perd à nouveau dans le paysage, au-delà de la ville est des premières collines… comme s’il cherchait à partir loin… dans les montagnes. 

         - « Un jour, un jour prochain… tu le rencontreras, et je n’aurai plus ma place dans ton cœur. »

Ses yeux tristes reviennent vers moi, et il chuchote mon nom à présent, en remettant derrière mon oreille une mèche de cheveux, comme il le faisait avant.

         - « Comprend-moi Amy, je savoure en ce moment mes derniers jours privilégiés en ta compagnie, mais bientôt Amarok sera à tes côtés, et c’est lui qui prendra soin de toi. De toi et de Kaïla. »

Inquiète à la seule idée qu’il puisse détenir des informations que j’ignore encore, je recule d’un pas, faisant tomber ses mains de mes épaules.

         - « Est-ce que… vous savez « qui » il est ? »

         - « Je… non. »

         - « Alors dans ce cas, permets-moi encore d’espérer. Maintenant, j’aimerais qu’on en reste là et qu’on aille régler leur compte aux personnages louches qui rôdent dans ces murs. »

         - « Bien. Comme tu voudras. »

         - « Allons-y ! »

dimanche 20 août 2017

KAÏLA, tome 2, partie 7






Quand les démonstrations de force sont enfin terminées, nous nous saluons tous et prenons le chemin d’une douche bien méritée. Jeff me raccompagne jusqu’à chez moi mais ne reste pas dîner, et je me retrouve seule à manger ce qu’il m’a préparé. Quand il disparait dans la nuit, il croise Sakuya qui vient me voir pour prendre des nouvelles de Timmy.
         - « Bonsoir Kaïla-san. Tout va bien ? »
         - « Oui, merci. Je trouve simplement Jeff un peu distant aujourd’hui, mais ça va. »
         - « Oui, ses pensées semblent un peu embrouillées, en effet. Et comment va ton ami ? »
         - « Sa sœur prend soin de lui. C’est grâce à toi s’il est en vie. Merci encore ! »
         - « C’est naturel. Bonne nuit Kaïla-san. »
         - « Bonne nuit Saku, à demain. »
*





CHAPITRE 4
Devenir femme

Je cours de toutes mes forces, sentant mes jambes légères et agiles portées par un élan de joie. Dépassant les familles d’animaux, dont l’ambition plus tranquille ne nécessite pas tant d’empressement, je dévale les pentes de mon royaume, à la recherche de quelque chose de nouveau… de quelque chose que je n’aurais pas créé. Quand les arbres commencent à se faire plus rares, je devine un espace immense devant moi, un espace de liberté où je pourrai déployer mon cœur comme les aigles majestueux déploient leurs ailes. Essoufflée mais heureuse comme jamais, je m’arrête enfin lorsque le paysage tant attendu s’offre à moi. Un soleil orange et chaud se couche à l’horizon, et je sais que demain, dès le lever du jour, je suivrai la course des rivières qui coulent dans sa direction.

-         « ATCHOUM ! »

Je me réveille en râlant, déçue de quitter mon rêve.

         - « Gomen Kaïla-san. Pardonne-moi, je ne voulais pas te réveiller. »

         - « Hmm… tu t’es enrhumée ? »

         - « Oui, mais ce n’est rien. Ça m’apprendra à aller courir dans les bois en étant trempée. Je remettais ton linge propre dans les tiroirs. Je me dépêche et je m’en vais. »

         - « Merci Saku, mais tu n’es pas obligée de faire ça pour moi, tu sais ? »

         - « Mais ça me fait plaisir de m’occuper de toi. »

         - « Alors merci. Ouh… aïe ! »

         - « Qu’y a-t-il ? Tu as mal quelque part ? »

Affolée, elle se jette à mes pieds au moment où je glisse hors de ma couette.

         - « Je ne sais pas ce que j’ai, mais j’ai très mal au ventre tout à coup. »

         - « Aurais-tu mangé quelque chose hier soir qui ne serait pas passé ? »

         - « Je n’en sais rien… non, rien de particulier. »

         - « Tu permets que je t’examine ? »

         - « Euh… bien sûr, oui. »

Elle ouvre doucement les pans de mon kimono de satin qui glisse sur mon ventre, et commence à me palper sous les côtes, puis en dessous du nombril. »

         - « Aïe ! »

         - « Je vois. Tu n’as jamais ressenti cela auparavant ? »

         - « Non, pourquoi ? Qu’est-ce que j’ai d’après toi ? »

         - « Ce n’est rien, rassure-toi. Je vais tout t’expliquer, mais en attendant il vaut mieux que tu ailles prendre ta douche pendant que je change tes draps. »

         - « Mes draps ? Qu’est-ce qu’ils ont mes draps ? »

Je soulève la couette d’un coup sec, et découvre avec horreur plusieurs taches de sang… et quand j’ouvre mon kimono entièrement, c’est le même constat au niveau de mes cuisses.

         - « Pardonne-moi de ne pas avoir compris tout de suite, mais mon rhume m’a empêchée de sentir l’odeur de ton sang de loin. »

         - « Mais qu’est-ce qu’il m’arrive ? Pourquoi je saigne ? Je ne suis pas blessée, pourtant ! Est-ce que je vais mourir ? Saku, réponds-moi ! »

         - « Ce n’est rien Kaïla-san. C’est tout à fait normal. »

         - « C’est lié à l’âme de Kaïla, c’est ça ? C’est à cause de la malédiction ? »

         - « Pas du tout, non. Toutes les femmes vivent ça et je vais tout t’expliquer, mais commence par aller prendre une douche. »

Inquiète et curieuse à la fois, j’obéis à mon amie et me dirige vers la salle de bains en attendant ses instructions. L’eau chaude me détend, lavant mon corps de toute trace de sang, et très vite la prévenante Saku vient mettre les choses au clair dans mon esprit. En déposant du linge propre et des protections féminines à ma portée, elle m’explique rapidement ce que j’étais censée apprendre en cours de biologie pendant mon année de 4ème… ce que ma mère, ou plutôt ma sœur n’a pas eu le temps de m’expliquer.

Enfin rassurée, je me sens un peu bête, et m’excuse auprès de mon amie pour avoir un tel décalage entre l’apparence de mon corps et l’âge réel de mon esprit.

         - « Il n’y a pas de quoi avoir honte tu sais, et encore moins de raison pour toi de t’excuser. Il y a encore tant de choses que tu ignores… je regrette que tu aies dû grandir si vite. »

         - « Pas moi, ça m’arrange au contraire. »

         - « Cela ne me regarde pas, mais si tu penses à mon frère en disant cela, il faut que tu saches qu’il comprend en ce moment même que malgré ton corps adulte, tu es encore une enfant. »

         - « Tu veux dire… qu’il sait ? »

         - « Nous sommes branchés sur le même réseau, ne l’oublies pas. Tant que son esprit est clair je capte toutes ses pensées, et à son tour il est au courant de tout ce que je sais… tout comme le reste de tes Gardiens. »

         - « Oh, non… »

         - « Tu n’as pas à rougir ou à avoir honte Kaïla-san. Par contre, si je peux me permettre… il vaudrait mieux que tu n’attendes pas de Jeff qu’il réponde à tes sentiments. Je sais très bien que l’amour est une chose qui ne se contrôle pas, surtout à ton âge, mais… malgré les sentiments qu’il a pour toi et la forte attirance que provoque sur lui ton nouveau corps, il n’est pas et ne sera jamais libre de t’aimer. »

         - « Mais… l’âme d’Amarok ne s’est pas encore incarnée en quelqu’un, n’est-ce pas ? Sinon vous le sauriez ? »

         - « En effet. »

         - « Et si la lignée des fils était finalement éteinte ? Tu ne crois pas que l’âme du Dieu des loups pourrait s’incarner dans l’un de vous ? »

         - « Cela ne s’est jamais produit à ma connaissance… »

         - « Mais ce n’est pas parce que ça n’est jamais arrivé que c’est forcément impossible ! »

         - « Excuses-moi Kaïla-san, tu as raison. Je voulais seulement t’éviter de te créer de nouvelles souffrances, mais la vie est une chose étonnante et malgré toutes nos connaissances nous sommes loin de tout savoir et de tout comprendre. Et puis… l’amour est un mystère auquel je ne connais pas grand-chose moi-même, alors… »

         - « Alors… tu penses que je peux garder espoir finalement ? »

         - « Je pense surtout que je n’ai pas mon mot à dire sur la question. Mais promets-moi quand même de bien faire attention à toi. Le cœur est un bien précieux que nous devons traiter avec beaucoup de soins. »

         - « Je sais. Et puis nous avons tellement de choses bien plus importantes dont nous devons nous occuper ! A commencer par Timmy que je compte bien aller voir ce matin avant d’aller en cours. »

         - « Si tu me le permets, j’aimerais venir avec toi et prendre la relève de ceux qui ont veillé sur lui toute la nuit. C’est une bonne chose de surveiller leur immeuble sans qu’ils le sachent, mais je pense plus prudent de rester à ses côtés étant donné son geste d’hier. »

         - « Bonne idée, comme ça il ne sera pas seul chez lui si jamais Laura part en cours. Allons-y ! »

Quand nous descendons à la cuisine pour prendre un petit déjeuner rapide, je n’ose pas regarder Jeff dans les yeux en pensant à ce qu’il sait déjà de mon intimité.  Lui-même n’est pas très bavard, mais il insiste pour se joindre à nous et me suivre au lycée dans le but d’en savoir plus sur le tuteur de Tim et sur ce qui a pu pousser mon ami de douze ans à vouloir faire le grand plongeon hier soir.

         - « Merci Jeff, je sais que nous avons d’autres priorités et je vous suis vraiment reconnaissante de prendre ce temps pour m’aider à veiller sur mon ami. »

         - « Ne t’en fais pas pour ça, il n’y a toujours aucun signe des métamorphes autour de la ville, et les autres sont bien assez nombreux pour continuer à mener les rondes de routine. Sans compter que tu as parlé des yeux rouges du Principal du collège l’autre jour, et il est grand temps de vérifier ça. »

         - « Ok, alors on peut y aller ? »

Un chauffeur privé nous conduit tous les trois à l’immeuble où vivent les Paterson, histoire de ne pas nous faire repérer en laissant Sakuya courir derrière la moto sous sa forme animale. Laura nous ouvre la porte au moment où elle s’apprêtait à partir et nous invite gentiment à entrer voir Tim dans sa chambre.

         - « Bonjour Timmy, comment te sens-tu aujourd’hui ? »

Le visage toujours aussi inexpressif, mon jeune ami préfère nous tourner le dos plutôt que de nous répondre.

         - « Je suis désolée, il n’a pas dit un mot depuis hier soir. »

         - « Ce n’est rien Laura, ne t’en fais pas. »

Impatiente néanmoins de reprendre contact avec lui, je tente une approche en douceur en m’asseyant sur le bord de son lit.

         - « Tim, je voudrais te présenter mon amie Sakuya. C’est elle qui t’a sorti de l’eau hier, et c’est aussi grâce à elle si tu es encore en vie… »

         - « Vraiment ? Je ne savais pas que c’était toi ! Merci beaucoup ! Merci d’avoir sauvé mon petit frère ! Je l’aime tellement, mais… hum… je devrais peut-être rester avec lui au lieu d’aller en cours aujourd’hui… »

         - « Ne t’inquiètes pas pour lui, je me proposais justement de rester là et de veiller à ce qu’il ne manque de rien. Tu as fait du bon travail en t’occupant de lui jusqu’à présent, et je me doute que ça n’a pas été facile pour quelqu’un de ton âge… mais tu n’es plus seule à présent, tu peux compter sur nous. »

         - « Merci… je… je ne sais pas quoi dire ! Je n’avais jamais eu quelqu’un sur qui compter en dehors de notre tuteur. »

Saku a réussi à mettre Laura en confiance, et j’en profite pour tenter de poser quelques questions.

         - « Est-ce qu’il est passé ici depuis hier ? »

         - « Harry ? Non, pas encore. »

         - « Et est-ce que tu sais s’il a prévu de passer aujourd’hui ? »

         - « Je n’en sais rien. Habituellement il ne passe qu’une fois par semaine, mais je me rends compte que j’aurais peut-être dû l’avertir de ce qui s’est passé hier soir ? »

         - « Non, pas la peine de l’alarmer ni d’aggraver votre situation. J’irai moi-même lui parler aujourd’hui si tu veux bien ? »

Jeff semble prendre la situation en mains, ce qui n’a pas l’air de déplaire à Laura qui a sûrement bien besoin d’aide pour gérer ses problèmes. Sans discuter davantage elle accepte notre aide et nous laissons Tim aux bons soins de Saku, avant de reprendre la route du lycée dans notre voiture avec chauffeur. Laura semble impressionnée de tant de confort, et elle s’en montre d’autant plus amicale avec nous. Lorsque nous arrivons enfin, elle remercie Jeff poliment et se dépêche de rejoindre Adam en salle de classe. De mon côté je préfère rester auprès de Jeff, autant pour savourer cet instant d’intimité que pour l’aider dans ses recherches.

         - « Tu es sûre que tu ne préfères pas aller voir ton frère ? »

         - « Non, je préfères le laisser seul avec Laura. Et puis je n’ai pas l’impression qu’Amy lui manque tant que ça finalement, alors ce n’est peut-être pas la peine d’insister. »

         - « Ok, alors tu as décidé de sécher les cours ? Ce n’est pas très sérieux ça mademoiselle… »

Sa remarque taquine me fait sourire, et je suis heureuse de retrouver avec lui une certaine complicité.

         - « On a des choses bien plus importantes à régler de toute façon, non ? »

         - « Tu l’as dit ! Par où on commence d’après toi ? »

         - « Au choix, soit on essaie de trouver Hermano pour que tu lises dans son esprit, soit on va voir le Principal d’abord pour vérifier ses yeux. Mais il y a aussi ce livre qui m’intrigue, et tant qu’à être au lycée, et maintenant que les couloirs sont vides, je serais d’avis qu’on en profite pour faire un petit tour dans le bureau du Proviseur, histoire de voir si on n’y trouve rien d’intéressant… »

         - « Ok, alors commençons par ça ! »

Avant d’atteindre le bureau convoité, il nous faut passer par celui de la Proviseure adjointe et celui de la secrétaire qui nous préviennent que l’homme est absent pour le moment. Après une rapide hypnose, Jeff nous permet alors d’entrer sans que l’une d’elles n’en garde le moindre souvenir, et nous nous mettons à l’œuvre.

         - « Quel genre de livre on cherche au juste ? »

         - « Le genre vieux grimoire avec une reliure de cuir… c’est un livre énorme il n’a pas pu le cacher facilement. »

         - « Laisse moi faire, s’il est en cuir je ne devrais pas avoir de mal à le repérer à l’odeur… »

Les performances de mes Gardiens sont impressionnantes. Même sous leur forme humaine ils sont encore capables d’utiliser leurs sens surdéveloppés. C’est ainsi que Jeff trouve rapidement quelque chose, et en tâtonnant le long des parois d’une lourde étagère, il déclenche un système d’ouverture qui nous révèle un coffre fort caché contre le mur.

         - « Et bien… je ne savais pas qu’il y avait besoin de cachette aussi perfectionnées dans les lycées d’aujourd’hui ! »

         - « Tu crois que c’est là-dedans qu’il cache les réponses à nos examens ? »

Nous ne nous attardons pas à plaisanter bien longtemps, et Jeff se sert de son ouïe pour faire tourner la molette qui nous ouvrira la caverne d’Ali Baba.

         - « Plus qu’un tour, et… »

         - « Enfin ! Le voilà ! »